Documentaire d’animation franco-belge de Momoko Seto (2025), 1h15. Sortie le 11 mars 2026.
La confusion des genres s’accroît et s’intensifie dans un cinéma qui ne cesse de repousser ses propres limites par tous les moyens, grâce à des avancées technologiques qui semblent désormais infinies. Il fut un temps pas si éloigné que ça où la frontière était nette entre la fiction, le documentaire et l’animation. Ce n’est plus le cas. Il y a tout juste trente ans, Microcosmos : Le peuple de l’herbe de Claude Nuridsany et Marie Pérennou était présenté comme un documentaire et remportait même le César dans cette catégorie. Son générique final nous révélait pourtant l’intervention de multiples éléments témoignant d’un travail de mise en scène très élaboré et de l’ajout d’effets spéciaux particulièrement sophistiqués. Planètes propose en quelque sorte le processus inverse trois décennies plus tard. Lauréat du Paul Grimault au festival d’Annecy, ce voyage poétique a clairement été présenté comme un film d’animation, ainsi que semble l’attester son sujet : quatre tiges de pissenlit victimes d’explosions nucléaires se retrouvent projetées dans le cosmos avant d’échouer sur une autre planète où elles entreprennent de trouver un sol où enfoncer leurs racines afin de pouvoir se perpétuer sous des cieux plus favorables.
Cette histoire sans paroles d’une poésie folle s’impose comme telle jusqu’au générique de fin. Et là, on découvre l’ampleur de la composante scientifique de cette histoire de survie souvent cocasse et même parfois émouvante. Rien n’y a été laissé au hasard. Planètes est le fruit d’une hybridation cinématographique sur le berceau duquel se sont penchées des fées qui connaissent leur affaire à la perfection. On se croirait revenu dans ces années 50 où les studios Disney s’étaient fait une spécialité des documentaires scientifiques dans le but d’initier les enfants au monde merveilleux des sciences les plus sophistiquées à travers des techniques de vulgarisation en avance sur leur époque et servies par un matériel de prises de vues qui avait une bonne longueur d’avance sur son époque. La réalisatrice Momoko Seto n’est pas précisément une novice en la matière comme l’attestent les titres de ses courts métrages parfois expérimentaux : Planet A (2009), Planet Z (2011), Planet Sigma (2014) ou Planet Infinity (2018). Avec ce premier long métrage d’une folle poésie, non seulement elle nous vend du rêve, mais elle pourrait contribuer à susciter des vocations. Son film est une authentique invitation au voyage qui joue à merveille de ses atouts extra-sensoriels en inventant une autre façon d’utiliser les principales composantes du cinéma, à l’instar du rôle capital qu’elle assigne à la bande originale conçue par Nicolas Becker et Quentin Sirjacq au service d’une “ dynamique de surprise et d’émerveillement ”.
Jean-Philippe Guerand




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