Film britanno-irlandais de Harry Lighton (2025), avec Harry Melling, Alexander Skarsgård, Douglas Hodge, Lesley Sharp, Georgina Hellier, Bryan Martin, Anthony Welch, Jake Sharp, Paul Tallis, Kavcic Miha, Zamir Mesiti, Billy King… 1h47. Sortie le 4 mars 2026.
Harry Melling
Colin, jeune homme bien sous tous rapports mais timoré qui vit chez ses parents et se contente de partenaires sexuels d’un soir dragués sur les réseaux sociaux, rencontre un beau jour Ray, le chef séduisant et charismatique d’une bande de motards sous l’emprise duquel il tombe sans chercher à résister. C’est le début d’une étrange liaison que les deux partenaires vivent d’un point de vue décalé. Le moindre geste de Ray donne lieu de la part de Colin à un geste d’amour. Tandis qu’il se consume pour son maître dont il accomplit les moindres volontés et subit les humiliations avec une reconnaissance éperdue, il adapte son look aux circonstances et s’intègre aux autres motards. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Pillion (expression qui désigne le passager assis à l’arrière de la selle d’une moto) est une histoire d’amour particulièrement touchante entre deux hommes étonnamment complémentaires dont la complicité repose sur des rapports de domination qui troublent davantage qu’ils ne choquent. Entre ces deux hommes s’établit une étrange complicité qui repose sur des rituels assumés. Il suffit d’assister au spectacle de cette communauté de bikers réunie au cours d’une partie de campagne pour comprendre que c’est précisément leur différence qui les soude face à une société provinciale conservatrice sinon rétrograde. Le film présente une vision alternative de ces blousons noirs associés au cinéma à la virilité de L’équipée sauvage (1953) de László Benedek ou du récent The Bikeriders (2023) de Jeff Nichols.
Harry Melling et Alexander Skarsgård
Pillion repose pour une bonne part sur la confrontation de deux acteurs a priori très éloignés l’un de l’autre : Alexander Skarsgård, le dernier fils du père autoritaire de Valeur sentimentale, et Harry Melling, célèbre pour son interprétation enfant du cousin d’Harry Potter, Dudley Dursley, dans cinq films de la saga. Lauréat du prix du meilleur scénario de la section Un certain regard, Le réalisateur Harry Lighton signe son premier long métrage avec cette adaptation d’une nouvelle d’Adam Mars-Jones “Box Hill” qu’il aborde comme la plus normale des histoires d’amour, dans le contexte d’une Angleterre qui étouffe sous son conformisme, mais où les motards se retrouvent pour des pique-nique champêtres. La description qu’il dresse des parents de Colin est caractéristique de son point de vue : ils encouragent leur fils à faire de brèves rencontres parfois à risque, acceptent ses choix sans vraiment chercher à les comprendre et manifestent une naïveté désarmante, sans lui poser de questions, de peur qu’il ne se braque et finisse par les quitter. La vision de la famille est terrible, même si la bienveillance est de mise et préserve de poser les questions qui fâchent. Jusqu’à un repas de famille où se disent beaucoup de choses d'une société britannique écartelée entre ses traditions d’un autre âge et des mœurs étouffées sous le poids du conformisme. Ce tableau de mœurs réussit enfin la prouesse de privilégier les sentiments, sans jamais se complaire dans le scabreux, en abordant cette romance comme n’importe quelle histoire d’amour entre deux partenaires plus mal à l’aise avec les mots qu’avec les gestes. Reste que le propos est universel et bouleversant, indépendamment de la sexualité spécifique de ses protagonistes.
Jean-Philippe Guerand




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