Kaj Ti Je Deklica Film slovéno-italo-croato-serbe d’Urška Djukić (2025), avec Jara Sofija Ostan, Mina Švajger, Saša Tabaković, Nataša Burger, Lotos Šparovec, Špela Frlic, Branko Završan, Staša Popovič, Mateja Strle, Saša Pavček, Damjan Trbovc, Mattia Casson… 1h29. Sortie le 11 mars 2026.
Derrière son titre accrocheur emprunté à une chanson emblématique de Sonic Youth, le premier long métrage de la réalisatrice slovène du court d’animation multiprimé La vie sexuelle de Mamie (dont le César 2023) plonge parmi les tourments de l’adolescence à travers l’amitié d’une adolescente introvertie avec une fille beaucoup plus à l’aise dans sa peau, le tout dans le contexte de la chorale exclusivement féminine d’une école catholique. Le prétexte pour la cinéaste à une étude de mœurs extrêmement subtile sur les tourments de l’âge ingrat et ses mystères. Le sujet n’est pas nouveau. Il est même devenu un genre à part entière sous l’appellation de Teen Movie, en demeurant systématiquement à la surface des choses, mais sans jamais creuser son mal-être ni ses affres. Rien de cela ici. Urška Djukić creuse ces personnages et le mal étrange qui les ronge dans le cadre d’un chœur, rassemblement sexué s’il en est qui exploite à la fois la virginité de celles qui le composent et leur expression la plus spontanée : leur voix. Le film joue à cet effet de la suggestion pour instaurer un malaise palpable. Il montre ces jeunes filles en proie à des sentiments et des pulsions qu’elles sont incapables de maîtriser et qui se heurtent au tabou suprême : le fameux passage à l’acte. La mise en scène a recours pour cela à un dispositif sophistiqué qui ne cesse d’exacerber des détails, notamment quand la caméra s’attarde sur la peau de ses protagonistes, un grain de beauté ou une mèche de cheveux. Tout est fait pour mettre en avant la sensualité et échauffer les pulsions de ces jeunes filles confrontées à l’inconnu.
Jara Sofija Ostan et Mina Švajger
Little Trouble Girls exploite le potentiel érotique de la suggestion avec une rare finesse, mais sans jamais déraper dans le graveleux. L’habileté du scénario consiste à adopter le point de vue de la fille inexpérimentée qui subit les événements jusqu’à se laisser entraîner dans ses fantasmes, face à l’objet de son amour qui adopte une attitude beaucoup plus maîtrisée. Le sujet du film est d’ailleurs inscrit dans son titre : c’est le trouble. Dès lors tout concourt à le rendre omniprésent. Avec en contrepoint la vie de la chorale et l’attitude du public qui perçoit ce spectacle comme une sorte de miracle artistique. Un peu comme si ce chœur de lycéennes était composé de chrysalides promises à devenir de magnifiques papillons. Ce qui intéresse Urška Djukić, c’est précisément la métamorphose qui est sur le point de s’opérer. Un moment suspendu dont elle montre davantage les effets que les causes. En l’occurrence une énergie sexuelle palpable qui ne demande qu’à être canalisée et qui est l’équivalent féminin du torrent de phéromones que dégagent les garçons au même âge. Avec aussi en arrière-plan le poids de la sexualité et un sentiment de honte qui reflète le poids de l’église au sein de la société slovène. Reste que le sujet du film, son centre de gravité, c’est tout simplement la tendresse, cette valeur en voie de disparition que certains considèrent parfois comme dépassée, alors même qu’elle est plus nécessaire que jamais dans un monde en panne de repères.
Jean-Philippe Guerand




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