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“L’île de la Demoiselle” de Micha Wald



Film belgo-français de Micha Wald (2025), avec Salomé Dewaels, Louis Peres, Candice Bouchet, Alexandra Lamy, Patrick Descamps, Alexandre Gavras, Corentin Lobet, Eddy Frogeais, Sébastien Dupont-Bloch… 1h41. Sortie le 25 mars 2026.



Salomé Dewaels et Louis Peres



En pleine Renaissance, une jeune aristocrate promise à son oncle, est victime d’une agression sexuelle de la part d’un homme d’équipage pendant sa traversée vers le Nouveau Monde où elle se rend dans le cadre de la troisième expédition de Jacques Cartier. Enceinte de son violeur, elle est abandonnée avec lui et une servante sur une île perdue entre le Canada et Terre-Neuve où elle doit dès lors faire face à la fois aux éléments, à une nature hostile et à la cohabitation avec ses compagnons d’infortune : le responsable de son malheur et cette femme revêche qui n’a rien demandé. Le troisième long métrage du réalisateur belge Micha Wald pourrait être défini comme un Survival en costumes qui brasse des thèmes universels, à commencer par le poids du patriarcat et la condition féminine dans un contexte où les repères traditionnels n’ont plus vraiment lieu d’être et cèdent la place à l’instinct de survie le plus élémentaire dans un environnement pour le moins hostile. Le décor rocailleux d’Ouessant où a été tourné le film contraste de façon spectaculaire avec les relations instinctives et rugueuses qui s’instaurent entre ces personnages livrés à eux-mêmes dont l’arrivée du bébé va rehausser la volonté d’échapper à une mort annoncée.



Alexandra Lamy et Salomé Dewaels



Remarqué pour un premier film déjà atypique par son ambition, Voleurs de chevaux (2007), Micha Wald réussit la prouesse d’évoquer l’ère des grandes découvertes à travers un dispositif minimaliste où apparaît le couple formé par François 1er (Alexandre Gavras) et Marguerite de Navarre (Alexandra Lamy) le temps d’une scène, avant de réduire la traversée à sa plus simple expression pour mieux se concentrer sur la cohabitation des trois parias. Postulat tenu et pari réussi qui offre son rôle le plus significatif à ce jour à Salomé Dewaels vue récemment dans Louise et Nino. Son personnage n’est d’ailleurs pas sans évoquer celui campé par Adèle Haenel dans Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma par sa détermination que favorise son éloignement de la société. Il observe lui aussi le passé à travers le prisme d’un présent, tout en respectant ce qu’on sait de la vérité historique de cette incroyable histoire. Le film repose évidemment pour une bonne part sur son personnage féminin principal, lequel échappe tout de même à un mariage arrangé et consanguin… en raison d’un viol. En circonscrivant ses trois protagonistes dans un espace coupé du monde, Micha Wald laisse libre cours à une remise en question des conventions sociales de l’époque où les anachronismes n’en sont plus vraiment. On pourra interpréter cette histoire comme une parabole audacieuse. Elle confirme en tout cas le talent singulier d’un cinéaste rare (il n’avait plus tourné depuis dix-sept ans !) dont l’ambition crevait l’écran dès son premier long métrage, Voleurs de chevaux (2007), une histoire de cosaques située en 1810. Il tente cette fois un numéro de haute voltige en appliquant à la condition féminine un regard volontairement décalé mais plutôt moderne. C’est même ce qui confère tout son intérêt à ce film dont l’ambition s’inscrit dans un cadre austère, mais aborde des thématiques résolument contemporaines.

Jean-Philippe Guerand






Candice Bouchet et Salomé Dewaels

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