Film belgo-français de Bérengère McNeese (2025), avec Héloïse Volle, Shirel Nataf, Yowa-Angélys Tshikaya, Mona Berard, Jonas Bloquet, Hugo Dillon, Alba d’Abbundo, Olympe d’Abbundo, Bilel Chegrani, Anne Coesens… 1h36. Sortie le 25 mars 2026.
Héloïse Volle
Quatre filles cohabitent dans un appartement bruxellois régi par des règles strictes et tacites. Une vie de bohème à la mode d’aujourd’hui où la solidarité devient la meilleure des protections contre les agressions extérieures et une solitude synonyme de vulnérabilité, surtout pour des jeunes filles confrontées à des fins de mois difficiles et aux multiples dangers que recèle une grande ville propice aux prédateurs. Un thème classique et fertile qui revêt aujourd’hui une signification quelque peu différente dans le contexte d’une jungle urbaine où la vulnérabilité des femmes n’a plus lieu d’être une fatalité contre laquelle la solidarité et plus encore la sororité constituent sans doute les moyens de défense les plus efficaces. Pour son premier long métrage, la comédienne d’origine américaine Bérengère McNeese décline un concept souvent développé par le passé dans des comédies d’apprentissage chorales où les protagonistes vivent simultanément au rythme de leur destin individuel et de leur existence communautaire, pas toujours aisés à concilier dans un contexte où ce qui ne peut pas se partager menace de se transformer en pomme de discorde voire en abcès de fixation. C’est tout l’enjeu de cette chronique plutôt positive voire parfois joyeuse qui repose sur un subtil équilibre psychologique où chacune est constamment là pour les autres, sans renoncer pour autant à son jardin secret, à ce moment crucial de l’existence où le passage à l’âge adulte prend parfois l’allure d’un rite initiatique sinon d’une épreuve du feu sans espoir de retour. Jusqu’au moment où l’enfant paraît…
Mona Berard, Shirel Nataf
Yowa-Angélys Tshikaya et Héloïse Volle
L’ambition de Bérengère McNeese consiste davantage à réaliser un portrait de groupe au féminin qu’à signer un brûlot féministe. La communauté qu’elle décrit est le réceptacle des dangers et des menaces que représente la société à la fois pour des individus isolés et plus encore pour des jeunes femmes vulnérables, comme le sont les colocataires du Ciel, cet appartement communautaire sous les toits où se retrouvent des solitaires et des écorchées en quête de réconfort qui possèdent toutes une zone d’ombre et s’y accrochent pour préserver un semblant d’intimité. Le film décrit habilement cet espace mystérieux qui sépare le libre-arbitre individuel de la vie en commun. C’est sans doute là le prix à payer pour trouver la force de quitter le groupe et de plonger dans le grand bain de la vie à un moment donné, que ce soit volontaire, par rejet du groupe ou besoin d’émancipation. Un phénomène décrit avec une grande justesse grâce à une caractérisation très juste de chacune de ces quatre protagonistes qui ne se sont pas toutes choisies, mais ont dû apprendre à vivre ensemble malgré la dissemblance de leurs itinéraires et leurs personnalités parfois incompatibles. Il convient de louer ici la justesse du casting qui recèle une pépinière de jeunes talents, mais joue davantage sur le collectif que sur des numéros individuels sans jamais en privilégier aucune. Et si le film dénonce les violences faites aux femmes, le poids du regard masculin et, à travers lui, la difficulté à faire fi du patriarcat et de la toxicité de certaines relations humaines, il se veut moins naturaliste qu’impressionniste et dresse l’éloge de la solidarité, aussi éphémère puisse-t-elle être.
Jean-Philippe Guerand
Mona Berard, Héloïse Volle et Shirel Nataf




Commentaires
Enregistrer un commentaire