Film belgo-néerlandais de Cato Kusters (2025), avec Nina Meurisse, Laurence Roothooft, David Coburn, Jennifer Heylen, Yannick de Coster, Peter Seynaeve, Claire Bodson, Nanette Edens, Rosalia Cuevas, Zach Hatch, Charly Magonza, Joep van der Geest… 1h31. Sortie le 25 mars 2026.
Laurence Roothooft et Nina Meurisse
Régulièrement à la pointe de l’évolution des mœurs, de Girl (2018) de Lukas Dhont à Lola vers la mer (2019) de Laurent Micheli, le cinéma belge manifeste dans ce domaine une expertise reconnue dont témoigne aujourd’hui le premier long métrage de Cato Kusters. Elle y porte à l’écran un récit de la Wallone Fleur Pierets qui relate sa vie conjugale et le voyage qu’elle a entrepris en 2017 avec son épouse flamande Julian, en se rendant dans les vingt-deux pays qui autorisaient alors le mariage homosexuel afin d’y répéter ce cérémonial sous toutes les latitudes. Un périple placé sous le signe de l’amour et de la tolérance qui a toutefois tourné à la tragédie et pris l’allure d’un véritable parcours initiatique, là où les deux jeunes femmes ambitionnaient d’en tirer un documentaire intitulé Projet 22 qui n’a jamais vu le jour en tant que tel, alors qu’il se voulait emblématique d’une cause encore en devenir. De ce sujet puissant, la réalisatrice tire un film dépouillé qui ne cherche jamais à manipuler le spectateur en usant d’artifices inutiles et déplacés. Une œuvre d’une grande noblesse dépourvue d’affêteries qui a le mérite de dresser un état des lieux nécessaire d’une véritable révolution en marche à travers une histoire d’amour magnifique devenue une tragédie exemplaire. Preuve s’il en est besoin de la fragilité du bonheur.
Laurence Roothooft et Nina Meurisse
Ce projet soutenu pas Lukas Dhont et coproduit par les frères Dardenne assume son caractère militant et sa volonté de faire bouger les lignes, mais opte pour une facture tout en retenue qui se concentre autour de l’humain. Avec pour atout maître une nouvelle composition mémorable de Nina Meurisse qui réussit la prouesse de provoquer une émotion indicible sur un registre particulièrement périlleux. D’un sujet de société qui assume son caractère militant, Cato Kusters, née seulement en 1998, tire une étude de mœurs poignante qui témoigne de sa maturité impressionnante sans jamais céder à la facilité. Sa mise en scène sobre mais efficace réussit la prouesse de provoquer les larmes sans jamais donner l’impression de s’y employer. La cinéaste fait appel pour cela à deux comédiennes très différentes dont elle exploite les contrastes. Face à l’interprète néerlandaise aux cheveux courts du rôle-titre, Laurence Roothooft, la Française Nina Meurisse incarne celle qui va perpétuer sa mémoire et transformer sa vie en destin en racontant leur histoire commune : celle de deux authentiques pionnières de l’amour. Un contraste saisissant dont joue la mise en scène sans jamais rien souligner. La noblesse du film repose sur son dépouillement étudié qui refuse de jouer sur une émotion trop envahissante qui aurait porté atteinte à son intégrité et détourné le spectateur de son propos sociétal. Julian constitue en cela une œuvre d’utilité publique qui relate une histoire d’amour pour soutenir une cause infiniment plus vaste : le mariage pour tous. C’est même ce qui lui confère à la fois sa noblesse et son honneur, alors que le combat continue et n’est pas gagné…
Jean-Philippe Guerand




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