Film italien d’Andrea di Stefano (2025), avec Pierfrancesco Favino, Tiziano Menichelli, Giovanni Ludeno, Dora Romano, Paolo Briguglia, Valentina Bellé, Edwige Fenech, Chiara Bassermann, Roberto Zibetti, Astrid Meloni… 2h05. Sortie le 11 mars 2026.
À la fin des années 80, un joueur de tennis sur le retour se voit chargé d’entraîner un enfant promis à un brillant avenir dans le domaine du sport de haut niveau dont son père aimerait faire un champion. Il l’entraîne sans relâche, le soumet à rude épreuve et le pousse à aller au bout de lui-même pour vaincre ses adversaires les plus redoutables dans des tournois nationaux destinés à améliorer son classement. Vision idéaliste qui masque une autre thématique en trompe-l’œil : ce moniteur chevronné n’est pas vraiment au meilleur de sa forme et tous les espoirs qu’il place sur son jeune protégé découlent de son propre échec dont il n’a pas su gérer les conséquences. Une douleur qui s’est transformée avec le temps en une profonde dépression chronique et fragilise notre homme aux yeux de tous sinon de son élève qui ne semble pas conscient de son état, tant il est absorbé par son objectif sportif et les injonctions de son véritable père. Il maestro est le deuxième film d’affilée dont le réalisateur Andrea di Stefano confie le rôle principal à Pierfrancesco Favino, après sa composition mémorable de lieutenant de police au bord de la retraite dans Dernière nuit à Milan (2023). Un personnage tout en fêlures et en névroses qui en vient à confondre ses exploits sportifs et ses rêves de gloire en tenant le rôle de composition d’un père de substitution pour son jeune protégé.
Pierfrancesco Favino et Dora Romano
Il maestro emprunte la forme du Road Movie en suivant ce tandem au fil d’une tournée sportive où chaque victoire rejaillit sur le moral du maître et de l’élève, mais de façons différentes. Au parcours sportif, le scénario en associe un autre, tout aussi important qui passe pour le moniteur par un pèlerinage dans des lieux qui ont marqué sa vie et où il a laissé des souvenirs plus ou moins douloureux qui représentent autant de lambeaux d’une vie en miettes, dont ses retrouvailles avec une ancienne conquête incarnée symboliquement par l’ex-starlette Edwige Fenech qui fut dans les années 70 et 80 l’interprète d’innombrables films de genre dont beaucoup de comédies érotiques destinées à mettre en valeur ses formes avantageuses. Au fil des étapes de cette tournée sportive qui apparaît comme un parcours mémoriel, affleure un passé qui n’est pas tout fait celui qu’on pouvait imaginer et met en évidence la véritable personnalité de ce mentor menteur qui se projette dans son élève auquel il aimerait confier la responsabilité de réaliser ses propres rêves inaboutis. Et là, c’est la composition exceptionnelle de Pierfrancesco Favino qui réussit à faire toute la différence, aux limites de la paranoïa aiguë et d’une certaine mythomanie qui l’incite à évoquer un passé pour une bonne part imaginaire qui se fracasse contre ses retrouvailles avec des témoins de cette époque. Chronique douloureuse d’un homme fragile qui a eu la malchance de passer à côté de la gloire et semble condamner à cohabiter avec ses remords et ses regrets jusqu’à la fin de ses jours. Sauf si son poulain parvient à compenser ces frustrations qui le rongent.
Jean-Philippe Guerand

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