Documentaire américain de Brandon Kramer (2025), avec Aviv Atzili, Aya Atzili, Liat Beinin Atzili, Netta Atzili, Ofri Atzili, Chaya Beinin, Joel Beinin, Tal Beinin, Yehuda Beinin… 1h33. Sortie le 1er avril 2026.
Le pogrom perpétré contre des Israéliens par le Hamas le 7 octobre 2023 a provoqué un traumatisme à très long terme que Benjamin Netanyahou a décidé de soigner en appliquant une loi du talion exponentielle, quitte à raser purement et simplement la Bande de Gaza avec un acharnement peu commun. Le massacre fondateur engendre aujourd’hui des gestes cinématographiques qui adoptent pour l’instant la forme du documentaire et se présentent comme des actes de résilience voire de consolation. Ils adoptent en effet le point de vue des survivants pour la plupart condamnés à la double peine, dans la mesure où à la mort est venue s’ajouter une prise d’otages massive dont la résolution intervenue au bout de longs mois a permis d’entrevoir l’éventualité de ce cessez-le-feu tant espéré devenu au fil du temps un Graal inaccessible. L’héroïne malgré elle de Holding Liat est une enseignante d’origine américaine enlevée avec son mari Aviv dans le kibboutz de Nir Oz. Commence pour sa famille une véritable croisade pour obtenir sa libération, tandis que Tsahal engage des opérations de représailles à grande échelle. Le film suit les démarches de ce père qui débarque en Israël et se trouve confronté à un dilemme dont d’autres membres de sa famille ne conçoivent pas la résolution de la même façon. La démarche de ce documentaire propose une approche intime qui tranche singulièrement avec les images plutôt impersonnelles qu’ont pu nous en proposer les actualités.
Tal Beinin et Yehuda Beinin
Brandon Kramer suit les démarches du père de la disparue, un Américain aux prises avec un pays dont il ne maîtrise pas les codes et qui fait étonnamment penser à un autre personnage, de fiction celui-là, l’homme d’affaires conservateur campé par Jack Lemmon dans Missing de Costa Gavras. Comme lui, cet étranger qui a préalablement remué ciel et terre à Washington et au Congrès débarque déchiré entre la stupeur et l’égarement, tout en essayant de comprendre la situation et d’obtenir des nouvelles des disparus de la part d’un État belliciste, qui plus est sur le pied de guerre. Avec en toile de fond une famille qui n’arrive pas à s’entendre sur les décisions à prendre et l’attitude à adopter face à une administration américaine impuissante et à la politique israélienne fortement remise en cause à la fois par l’opposition et les familles des otages. Holding Liat propose une réflexion passionnante sur un sujet douloureux où la raison d’état percute une tragédie humaine insoutenable. Avec en outre un recul qui reflète l’éloignement de ces Américains combatifs confrontés à des administrations kafkaïennes qui n’ont que peu d’égards pour les individus et se comportent avant tout comme des stratèges géopolitiques et des joueurs d’échecs calculateurs qui savent diviser pour mieux régner. Avec face à eux un front qui se fissure où chaque membre de la famille a sa propre conception de ce qu’il faudrait faire pour obtenir la libération des otages. C’est par la diversité des questions qu’il pose et la multiplicité des paradoxes qu’il soulève que ce film s’impose comme une pièce à conviction essentielle pour essayer de décrypter en connaissance de cause une situation encore plus complexe qu’il ne pourrait y paraître. Même si la situation a considérablement évolué entre-temps et que ce documentaire s’inscrit à un moment précis sans prétendre résoudre quoi que ce soit et revendique son humanité.
Jean-Philippe Guerand



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