Deux femmes en or Film canadien de Chloé Robichaud (2025), avec Laurence Lebœuf, Karine Gonthier-Hyndman, Félix Moati, Mani Soleymanlou, Sophie Nélisse, Juliette Gariépy, Mateo Laurent Membreno Daigle, Patrick Abellard, Sam Breton, Isabelle Brouillette, Fabien Cloutier… 1h39. Sortie le 4 mars 2026.
Mani Soleymanlou et Karine Gonthier-Hyndman
Parce qu’elle croit entendre le cri d’une corneille et qu’aucun oiseau de cette espèce n’a été signalé dans son quartier, Violette fait la connaissance de sa voisine de palier, Florence, traductrice en arrêt de travail. Leurs chambres à coucher étant contiguës, elle soupçonne que le bruit qui la perturbe est peut-être provoqué par la jouissance de sa nouvelle complice qui la détrompe aussitôt sur l’état de ses relations conjugales au point mort depuis des lustres. Entre cette jeune mère en congé de maternité et son aînée sous antidépresseurs confrontée à un fils d’un tempérament plutôt déconcertant, se noue une amitié réconfortante. À l’origine, il y a un classique du cinéma québécois intitulé Deux filles perverties (1970) et signé Claude Fournier dans l’euphorie des mœurs post-soixante-huitarde. Avant de redevenir un film, Deux femmes en or a entre-temps inspiré une pièce de théâtre à Catherine Léger, connue en France pour avoir écrit Charlotte a 17 ans (2018) de Sophie Lorain et Babysitter (2022) de Monia Chokri, mais aussi inspiré La déesse des mouches à feu (2021) d’Anaïs Barbeau-Lavalette. Que des affaires de femmes. Son adaptation adopte ici l’allure d’une étude de mœurs assez caustique qui porte un regard sans pitié sur le couple contemporain. Un constat amer pour un traitement résolument alerte à tous les sens du terme, l’enfant apparaissant comme le plus sûr remède à l’amour par ses vagissements puis par son esprit de contradiction agaçant. Les origines dramaturgiques du scénario affleurent à travers la place prépondérante accordée aux dialogues et un tempo d’une grande efficacité où fusent quelques vérités bien senties.
Laurence Lebœuf
Révélée par Sarah préfère la course, présenté en 2013 à Un certain regard, Chloé Robichaud signe là son quatrième long métrage. Une comédie sentimentale plutôt aigre où les stéréotypes du boulevard sont passés à la moulinette de #MeToo (#MoiAussi en québécois !). Juste retour des choses, ou plutôt de 130 ans d’un cinéma placé sous le signe du patriarcat, les hommes y tiennent évidemment un rôle ingrat, sans que les femmes soient pour autant épargnées. Comme le dit Florence à un moment, “ dans la vie, c’est plus dur que dans les films ”. À cette nuance près que Catherine Léger renverse les conventions pour faire agir ses personnages féminins comme les hommes en ont l’apanage depuis des lustres, avec leur jouissance en ligne de mire. Cette exploration de la libido et du plaisir féminins s’avère assez jubilatoire, même si son regard ne manque pas d’une certaine cruauté. Face à ces mâles non déconstruits que campent Félix Moati, Mani Soleymanlou, ce sont ici Laurence Lebœuf et Karine Gonthier-Hyndman qui portent la culotte dans un monde que leurs partenaires ont de plus en plus de mal à comprendre, tant il ne correspond plus à celui en vue duquel ils ont été élevés par des mères venues du monde d’avant. Il fallait une femme sinon deux pour traiter d’un tel sujet sans sombrer dans le graveleux ni le ridicule. Quant à la morale, elle est sauve, ce qui n’est pas forcément un signe d’audace, même si le Happy End se révèle parfois incontournable, solidarité masculine incluse. Et discours écolo en prime.
Jean-Philippe Guerand




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