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“Christy” de David Michôd



Film américain de David Michôd (2025), avec Sydney Sweeney, Ben Foster, Merrit Wever, Katy O’Brian, Ethan Embry, Jess Gabor, Chad L. Coleman, Tony Cavalero, Mamie Garard, James Self, Bill Kelly, Miles Mussenden, Walter “Buddy” Carter, Tamara Hopkins, Jay Croft, Marvin LaViolette, Emma Jackson… 2h15. Sortie le 4 mars 2026.



Ben Foster et Sydney Sweeney



Le film de boxe est devenu un genre à part entière qui assure régulièrement des nominations à ses interprètes. Sur le plan esthétique il a atteint son sommet avec Raging Bull (1980) de Martin Scorsese, qui reposait sur des angles de prises de vue inédits et a valu son unique Oscar du meilleur acteur à Robert de Niro, puis une sorte de point de non-retour narratif avec Million Dollar Baby (2004) de Clint Eastwood qui féminisait le récit, avec quatre Oscars à la clé dont celui de la meilleure actrice pour Hilary Swank. Christy s’inscrit dans cette veine par la personnalité de son héroïne dont le rôle-titre est tenu par l’héroïne récente de La femme de ménage, Sydney Sweeney. Un plan de carrière rodé qui s’est toutefois heurté à un obstacle : la non-sélection de la comédienne dans la course à l’Oscar et même au Golden Globe. Surnommée “la fille du mineur de charbon”, Christy Martin avait tout pour devenir un personnage de cinéma. Son destin hors du commun a d’ailleurs fait l’objet d’une enquête de la série documentaire Netflix “Untold” intitulée “Deal with the Devil” (2021). Cette native des Appalaches a défrayé la chronique en devenant la boxeuse la plus titrée des années 90 à la force de ses poings et d’une volonté à toute épreuve. Le réalisateur australien David Michôd a écrit le scénario de ce biopic sportif avec sa compatriote Mirrah Foulkes qu’il avait dirigée comme actrice dans Animal Kingdom (2010).



Sydney Sweeney



Christy est un film efficace mais calibré selon des règles qui ont démontré leur efficacité par le passé. Au-delà de ses exploits sportifs, la rage de vaincre de cette boxeuse est, comme souvent dans ce milieu, la conséquence d’une vie personnelle surchargée d’embûches et de contrariétés. C’est aussi un choix qui va de pair avec des inclinations sexuelles encore taboues dans le milieu prolétaire et rétrograde dans lequel elle a grandi. En choisissant de pratiquer un métier d’homme auquel rien ne semblait la prédisposer, elle affirme sa différence et met toute sa rage dans ses poings. Un rôle que Sydney Sweeney endosse avec une hargne spectaculaire, en sacrifiant son glamour naturel au profit d’une composition qui souligne le caractère brut de cette combattante. L’étude de mœurs prend d’ailleurs un net ascendant sur le film de boxe proprement dit et s’attache à élargir son propos en montrant que le combat que livre Christy se déroule d’abord dans son cadre familial et au sein d’une communauté de Rednecks dans laquelle les mœurs sont immuables depuis des siècles et où la religion omnipotente encourage la stigmatisation de l’homosexualité. L’évocation d’un certain ordre moral dont le retour trouve aujourd’hui un terreau favorable dans l’Amérique Maga de Donald Trump.

Jean-Philippe Guerand






Sydney Sweeney

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