Allly baqi mink Film germano-chyprio-palestino-américano-jordano-émirati de Cherien Dabis (2025), avec Saleh Bakri, Cherien Dabis, Adam Bakri, Maria Zreik, Mohammad Bakri, Muhammad Abed Elrahman, Dominik Maringer, Adam Khattar, Hayat Abu Samra, Salah Aldeen Mai, Sanad Alkabarete… 2h25. Sortie le 11 mars 2026.
Adam Bakri, à gauche
Dépourvu de terre, le peuple palestinien semble aujourd’hui s’accrocher à ce qu’il a de plus précieux : sa mémoire. Deux mois après le trop décoratif Palestine 36 qui évoquait la fin du mandat britannique sur un mode hollywoodien avec guest stars, reconstitution appliquée et morceaux de bravoure spectaculaires, Cherien Dabis adopte la posture inverse en s’attachant au destin chagrin d’une famille dont l’unité constitue la défense la plus efficace contre l’errance forcée de sa communauté. Une saga qui court de l’indépendance de l’État d’Israël, en 1948, à nos jours, et s’attache à trois générations d’une tribu résiliente qui a décidé de vivre plutôt que survivre dans un contexte pour le moins cahotique. Comédienne installée aux États-Unis, la réalisatrice convie dans ce récit ses souvenirs personnels pour évoquer ce qu’elle appelle elle-même “ la transmission d’un traumatisme de générations en générations ”. Vaste projet qui se traduit par le choix narratif de la saga et la confrontation de personnages pour qui la mémoire est un trésor destiné à être partagé et perpétué en attendant des jours meilleurs. Cherien Dabis s’en remet pour cela aux composantes fondamentales du cinéma en choisissant la voie de l’humanité pour raconter l’histoire de cette galerie de personnages profondément humains qui traversent les époques en gardant la tête haute, mais sans oublier qu’ils sont les passeurs malgré eux d’une tragédie collective. Avec symboliquement ici trois représentants d'une dynastie de comédiens qu’incarnent le regretté Mohammad Bakri, Saleh Bakri et Adam Bakri.
Ce qu’il reste de nous est un film qui va de l’avant et ne se fige jamais dans le pathos ou les lamentations. Sa réalisatrice fait partie de ces intellectuels de la diaspora palestinienne qui perpétuent l’histoire douloureuse de leur peuple en mettant à profit un certain recul dû à leur éloignement et l’expérience internationale qu’ils ont accumulée. Comme sa compatriote Annemarie Jacir dont toute l’œuvre traite du traumatisme originel et des multiples cicatrices qui ont façonné l’unité palestinienne au fil de ses migrations et de ses combats, Cherien Dabis entend mettre l’expertise qu’elle a acquise aux États-Unis au service de cette cause. Non seulement le scénario est nourri des souvenirs de sa famille au fil de trois générations, mais il revendique un romanesque de nature à rallier à sa cause le public le plus vaste public possible. Une démarche partagée avec beaucoup de cinéastes libanais qui ont choisi d’expurger leurs traumatismes, en privilégiant la puissance des sentiments et les ingrédients du cinéma-spectacle au détriment de la complainte ou du ressentiment. Comme son titre le souligne clairement, Ce qu’il reste de nous se présente comme une sorte de paysage après la bataille et un message d’espoir, dans un contexte où les raisons de se réjouir ne sont pas vraiment évidentes. Ce portrait de groupe avec drames, et même tragédies, est empreint d’une chaleur humaine qui emporte tout sur son message et dégage le charme d’un album dont on tournerait les pages avec autant d’émerveillement que de nostalgie. Sans amertume ni rancœur. Juste l’illusion d’un avenir moins sombre et l’expression d’une résilience impressionnante qui se conjuguent dans un acte de cinéma authentique.
Jean-Philippe Guerand




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