Anemone Film américano-britannique de Ronan Day-Lewis (2025), avec Daniel Day-Lewis, Sean Bean, Samantha Morton, Samuel Bottomley, Safia Oakley-Green, Paul Butterworth, Angus Cooper, JP Conway, Adam Fogerty, Mark Holgate, Lewis Ian Bray, Karl Cam, Jack Perrons… 2h05. Sortie le 25 mars 2026.
Daniel Day-Lewis
Dissimulé au fin fond d’une épaisse forêt depuis une dizaine d’années, un ancien soldat de l’armée irlandaise en proie à un syndrome post-traumatique qui l’a empêché de se réadapter à la vie civile a coupé tous les contacts avec ses proches pour prendre le maquis. Alors quand son frère parvient à le débusquer au fin fond d’une forêt pour tenter de renouer le contact et de le convaincre d’émerger de sa réclusion volontaire, il met un certain temps à se laisser apprivoiser et l’embarque dans une véritable épreuve de vérité. Une expédition en mode commando destinée à renouer avec certaines sensations oubliées et aider les langues à se délier. Pour son premier film, le fils de Daniel Day Lewis et de la cinéaste Rebecca Miller n’a pas vraiment choisi la facilité. Il bénéficie cependant d’une conjonction de circonstances favorables dont la présence de son père, pourtant officiellement retiré du cinéma, ainsi que de deux autres figures du cinéma britannique : Samantha Morton et Sean Bean. D’abord silencieux et dominé par les bruits de la nature que notre robinson est parvenu à apprivoiser et à identifier du fond de sa cachette dans une sorte d’hyperesthésie animale favorisée par sa solitude et son inquiétude de se voir débusqué, le film se transforme peu à peu en une conversation à bâtons rompus entre ces deux hommes dont les chemins se sont séparés et pour lesquels la parole ne représente pas du tout la même valeur. Avec en contrepoint l’impuissance d’une femme confrontée à la détresse inquiétante d’un adolescent en mal d’autorité paternelle.
L’efficacité d’Anemone - Les racines du mensonge repose pour une bonne part sur une certaine proximité de Daniel Day Lewis avec son personnage par son choix de s’éloigner des écrans au lendemain de Phantom Thread (2019) de Paul Thomas Anderson et de revenir aujourd’hui pour soutenir les débuts de réalisateur de son fils, qui plus est à travers une histoire de filiation contrariée. On pourra gloser sur la portée psychanalytique qui entoure ce film. Ce Survival Game où les gestes se substituent à la parole trouvent son juste équilibre dans sa seconde moitié quand les langues se délient et que son enjeu se précise. Ronan Day-Lewis bénéficie pour cela d’un trio d’élite que complète l’interprète du fils, Samuel Bottomley, aux antipodes de son rôle dans le Summer Break bien arrosé de How to Have Sex (2023) de Molly Manning Walker. Astreint à une intériorité de tous les instants par son personnage coupé de la société, Daniel Day Lewis sacrifie son charisme naturel à la puissance d’un rôle tout en méfiance et en retenue, face à un Sean Bean au contraire beaucoup plus concret, sans paraître vraiment bien dans sa peau. Comme si chacun d’eux avait géré différemment ses émotions, sans que ni l’un ni l’autre se porte vraiment bien. Le cinéma a plus souvent raconté la guerre que ses conséquences. En l’occurrence, ici, les héros sont fatigués et leur mal-être apparaît contagieux, sans que personne paraisse se soucier des conséquences et a fortiori des dégâts collatéraux.
Jean-Philippe Guerand




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