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“Woman And Child” de Saeed Roustaee



Zan va bache Film iranien de Saeed Roustaee (2025), avec Parinaz Izadyar, Sinan Mohebi, Payman Maadi, Soha Niasti, Maziar Seyedi, Fereshteh Sadre Orafaee, Hassan Pourshirazi, Arshida Dorostkar, Sahar Goldust, Javad Pourheidari, Mansour Nasiri, Maziar Seyedi… 2h11. Sortie le 25 février 2026.



Sinan Mohebi et Parinaz Izadyar



Il est probable qu’on ne verra pas du même œil neuf mois plus tard ce film iranien présenté en compétition au Festival de Cannes en mai 2025, et passé assez injustement inaperçu en raison de sa programmation le dernier jour de cette manifestation. Saeed Roustaee n’est pourtant pas le moins talentueux des réalisateurs de ce pays, même s’il a subi les critiques d’une association de cinéastes iraniens pour avoir demandé une autorisation de tournage officielle au régime iranien et a sans doute pâti de la présence en compétition d’un authentique résistant en la personne de son compatriote Jafar Panahi, qui plus est contraint à l’exil et couronné de la Palme d’or pour Un simple accident. C’est dire combien le contexte politique actuel risque de brouiller le regard qu’on pourra porter sur Woman and Child. Ça serait bien dommage. Le réalisateur de La loi de Téhéran (2021) et de Leila et ses frères (2022) y relate le combat d’une infirmière quadragénaire pour obtenir réparation d’une injustice, alors que ses projets matrimoniaux ont été bouleversés par un événement qui lui inflige une culpabilité insupportable. Avec en filigrane une dénonciation en règle de la corruption que le comité de censure du régime des Mollahs n’a pas demandé à Roustaee d’occulter, alors même que son film précédent lui a valu six mois de prison et cinq ans d’interdiction de tournage pour “ pour avoir “ contribué à la propagande de l'opposition contre le système islamique ”, une peine depuis suspendue. On peut aussi voir dans ce geste de magnanimité une mesure calculée des autorités pour encourager l’un de ses cinéastes les plus populaires à rester fidèle à sa patrie tout en la représentant à l’international, cas à peu près unique dans un pays où la politique polarise tout.



Parinaz Izadyar et Payman Maadi



Malgré la place qu’il accorde aux dialogues, Woman and Child s’attarde volontiers sur les visages de ses protagonistes. Le film s’intitulait d’ailleurs à l’origine Les regards, ce qui en dit long sur la place de choix qu’occupent ceux-ci au cœur d’un dispositif qui se rapproche de la dramaturgie théâtrale. Fidèle à Roustaee depuis son premier film, Life and Day (2016), Parinaz Izadyar s’inscrit dans la grande tradition de ces pasionarias méditerranéennes que furent Anna Magnani et Melina Mercouri. Elle s’avère impériale dans ce rôle à facettes où son personnage aimerait concilier son amour pour ses enfants avec la promesse de renouveau que représente son amant, malgré les conditions draconiennes qu’il lui impose et un comportement volontiers immoral. Avec à la clé une tragédie absolue et une trahison amère qui confèrent à ce drame une dimension inattendue sinon existentielle, en nous poussant à voir autrement certains de ses personnages. En raison de leur comportement, mais aussi de leur nature profonde qui se révèle en fonction des circonstances et contraint le spectateur à faire évoluer son regard, une posture que le cinéma prend rarement le risque de nous imposer, de peur de rompre le pacte d’empathie qu’il a établi au préalable. Ici se niche la particularité d’un réalisateur qui veille en permanence à surprendre et maîtrise à la perfection les composantes de son art, à seulement 36 ans. C’est dire qu’il a l’avenir devant lui et qu’il n’a plus grand-chose à démontrer.

Jean-Philippe Guerand






Soha Niasti et Parinaz Izadyar

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