Documentaire américano-français de Raoul Peck (2025), avec (voix) Damian Lewis / Éric Ruf, George Orwell, Augusto Pinochet, Vladimir Poutine, Ferdinand Marcos, George W. Bush, Viktor Orbán, Donald J. Trump… 2h. Sortie le 25 février 2026.
Raoul Peck est un adepte du poil à gratter qui voue un respect et une admiration sincères aux personnalités les plus rebelles. Son chemin se devait de croiser un jour celui d’un écrivain britannique beaucoup moins célèbre que son œuvre maîtresse prophétique, 1984, son septième et dernier livre dont la genèse lui inspire aujourd’hui un documentaire abyssal. L’affaire débute en 1949, lorsque l’auteur de La ferme des animaux met la dernière main à ce qui deviendra son œuvre majeure mais aussi son testament. Orwell : 2+2=5 décrypte cette dystopie et montre à quel point elle était prophétique par les thèmes qu’y aborde un journaliste qui a consacré sa vie à dénoncer les dictatures en pointant le risque de la pensée unique avant tout le monde. Le contexte contemporain rend particulièrement d’actualité ses considérations, à travers un véritable défilé de dirigeants plus ou moins autocrates, d’Augusto Pinochet à Vladimir Poutine, en passant par Ferdinand Marcos, George W. Bush, Viktor Orbán et Donald Trump. Comme le souligne Raoul Peck lui-même, son influence a été d’autant plus considérable qu’il a utilisé une terminologie spécifique entrée aujourd’hui dans le langage courant de la police de la pensée à la langue de bois en passant par la figure emblématique de Big Brother, ce potentat d’autant plus redoutable qu’il s’appuie sur une surveillance omniprésente dont la caméra constitue l’arme suprême. Preuve ironique du pouvoir du cinéma qui n’échappera à personne.
La puissance visionnaire de George Orwell ne pouvait laisser indifférent un cinéaste dont l’œuvre tout entière est peuplée de dictateurs, de révolutionnaires et de rebelles, de Karl Marx à Patrice Lumumba en passant par l’écrivain James Baldwin et le photographe Ernest Cole. Orwell : 2+2=5 n’est absolument pas un biopic traditionnel, mais plutôt une réflexion en profondeur sur l’influence qu’a pu exercer cet écrivain mort de la tuberculose à 46 ans mais contemporain des pires manifestations du totalitarisme, du Troisième Reich à l’URSS de Staline. L’habileté dialectique du film consiste à confronter ses écrits aux principaux événements qui se sont déroulés depuis, en soulignant à quel point le monde décrit dans “1984” annonçait le nôtre. Raoul Peck s’appuie à la fois sur quelques scènes emblématiques tirées des films qu’a inspiré son roman à Michael Anderson en 1956 et Michael Radford en… 1984, mais aussi d’images rares de son auteur. Quant au titre sibyllin du film, il illustre un concept développé par Orwell dans un article paru en 1939 dans la revue “The Adelphi” où il écrivait cette phrase ô combien prophétique : “ Il est bien possible que nous soyons en train de nous enfoncer dans une ère dans laquelle deux plus deux feront cinq quand le leader le décidera. ” Mais on peut tout autant adhérer à la sagesse de l’humoriste Pierre Desproges décrétant dans un sketch : “ Un psychotique, c'est quelqu'un qui croit dur comme fer que 2 et 2 font 5, et qui en est pleinement satisfait. Un névrosé, c'est quelqu'un qui sait pertinemment que 2 et 2 font 4, et ça le rend malade. ” CQFD !
Jean-Philippe Guerand




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