O Último Azul Film brésilien de Gabriel Mascaro (2025), avec Denise Weinberg, Rodrigo Santoro, Miriam Socarrás, Adanilo Reis, Rosa Malagueta, Clarissa Pinheiro, Isabela Catão, Dimas Mendonça, Daniel Ferrat, Heitor Lóris, Rafael César, Daniela Reis, Diego Bauer, Karol Medeiros, Erismar Fernandes Rodrigues, Julia Kahane… 1h26. Sortie le 11 février 2026.
Denise Weinberg
Dans un Brésil dystopique, une vieille dame qui a passé toute sa vie dans une petite cité industrielle d’Amazonie se voit intimer par le gouvernement de rallier une colonie isolée où les personnes âgées sont regroupées jusqu’à la fin de leurs jours et coupées ainsi définitivement de la société dans une sorte d’antichambre de la mort qui ne fait qu’accentuer leur déchéance. Elle refuse cette injonction et décide de partir à la découverte de son pays qu’elle n’a jamais eu l’occasion de visiter. Un périple qui se révèle moins touristique que spirituel et souligne à quel point le grand âge ne se réduit pas à un phénomène de vieillissement physique, mais constitue aussi l’aboutissement de toute une vie. Le film de Gabriel Mascaro emprunte la forme du conte initiatique avec pour personnage principal une femme qui n’en a théoriquement plus l’âge. Il confirme au passage la vitalité du cinéma brésilien de l’ère post-Bolsonaro et l’émergence d’une nouvelle génération galvanisée par la réussite à l’international de ces modèles que sont Walter Salles et Kleber Mendonça Filho qui pourraient bien réussir la passe de deux dans la course à l’Oscar du meilleur film international si L’agent secret succède à Je suis toujours là lors de l’édition 2026.
Rodrigo Santoro et Denise Weinberg
Venu du documentaire, Mascaro a remporté avec son quatrième long métrage l’ours d’argent de la Berlinale. L’Amazonie qu’il décrit va à l’encontre de ses représentations habituelles de paradis tropical. Loin d’y protéger la flore et la faune, on y exploite les alligators pour leur viande et on y rencontre même un escargot dont la bave bleue possède des pouvoirs magiques. Ce film qualifié joliment par son réalisateur de Boat Movie glisse ainsi de la critique sociale à un fantastique qui prend pour cadre un décor fantasmé et aborde avec finesse des questions aussi fondamentales que la déforestation ou le déracinement des tribus autochtones. Son discours aussi écologique que politique passe par la fraîcheur paradoxale du regard que porte Tereza sur ce pays dont elle ne connaît qu’une infime partie et la démystification du fameux poumon de la planète tel qu’il est volontiers idéalisé par les étrangers et les militants écologistes, souvent pour des raisons tout à fait légitimes. Mascaro déclare d’ailleurs de son film : “ Au lieu de m’en tenir à un seul genre, j’ai voulu créer une interaction entre le lyrique et le ludique dans une sorte de délire post-tropical. ” Mission accomplie pour une invitation au voyage qui sait à la fois garder les pieds sur terre et nous entraîner sur l’eau à la suite de cette femme libre que campe merveilleusement Denise Weinberg dont on dirait que c’est une révélation si elle n’avait pas trente ans de carrière au cinéma dont un rôle marquant dans Une famille brésilienne (2008) de Walter Salles et Daniela Thomas. L’avenir est aussi à elle.
Jean-Philippe Guerand




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