Film d’animation français de Michel Ocelot (2026), avec (voix) Elisa Bourreau, Oscar Lesage, Patrick Rocca, Michel Elias, Antoine Daufresne, Julia Oberlinkels, Karine Orts, Régis Truchy… 22mn. Diffusion dans les dômes et les planétariums à partir du 10 février 2026.
Michel Ocelot est un trésor du patrimoine français dont chaque film mériterait d’être classé monument historique. Un pur génie au trait aisément reconnaissable qui a rencontré le grand public en 1998 avec Kirikou et la sorcière avant de signer huit autres longs métrages qui sont autant de merveilles. Des histoires qui puisent volontiers leur source parmi la tradition des contes et légendes, en embrassant toutes les civilisations avec la même générosité. Son nouvel opus ne déroge pas à cette règle. Il raconte les épreuves que doit franchir un jeune homme pour obtenir la main d’une princesse séquestrée par un régent accroché à son trône en promenant “septante” (soixante-dix) lapins trois-oreilles, alors même que dix de ces lagomorphes indisciplinés ont pris la clé des champs. Une fois sa mission accomplie en recourant à des trésors d’imagination, le soupirant se voit infliger une nouvelle mission encore plus impossible qui confirme la détermination de son commanditaire à ne jamais céder à sa requête. Ce postulat qui n’aurait pas dépareillé “Les contes des mille et une nuits” est l’occasion pour Michel Ocelot de ciseler des dessins éclatants de couleurs dont la splendeur évoque les enluminures médiévales. Il constitue aussi une formidable opportunité pour le cinéaste octogénaire d’adapter sa poésie à la projection à trois cent soixante degrés que proposent les dômes et les planétariums.
Une séance des Lapins trois-oreilles constitue une véritable expérience sensorielle dans laquelle le spectateur est invité à regarder devant mais surtout au-dessus de lui. Le format du film épouse les formes d’une demi-sphère qui nous immerge en son cœur et vaut aux fameux lapins facétieux de courir sur toute la surface quand celle-ci revêt la forme d’une forêt dont ils escaladent les arbres. Michel Ocelot joue avec virtuosité des conventions des contes de fées, tout en transgressant certaines de ses figures imposées : la princesse emprisonnée, l’oracle que personnifie un vieil homme, le ver de terre amoureux d’une étoile, jusqu’au joueur de flûte de Hamelin matérialisé par les quelques notes de musique envoûtantes de Frédéric Radix. Le film va droit au but en trouvant un savant équilibre entre la poésie, le romantisme et même l’humour. La splendeur esthétique va de pair avec une imagination fertile qui respecte tous les codes du genre, tout en y apportant cette touche de singularité qu’affectionne tant l’auteur de Princes et princesses (2000) et d’Azur et Asmar (2006) depuis ses débuts, il y a tout juste un demi-siècle. Sa rencontre tardive avec le nec plus ultra de la technologie audiovisuelle accouche d’un chef d’œuvre à l’épreuve du temps qu’on peut découvrir jusqu’à cet été sous le dôme du planétarium de la Cité des sciences et de l’industrie de La Villette, à Paris. Une invitation au rêve bourrée d’imagination mais dépourvue de limite d’âge.
Jean-Phlippe Guerand




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