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“Les dimanches” d’Alauda Ruíz de Azúa



Los domingos Film hispano-français d’Alauda Ruíz de Azúa (2025), avec Blanca Soroa, Patricia López Arnaiz, Juan Minujin, Nagore Aranburu, Miguel Garcès, Mabel Rivera, Irina Robledo Espinosa, Nora Careaga Iglesias, Neizan Alonso Hernández, Leire Zuazua, Maria Rodriguez Maribona Delgado, Guille Zani, Itziar Aizpuru, Bego Aristegui, Florinda Okomo, Noe Chiroque… 1h58. Sortie le 11 février 2026.



Blanca Soroa et Patricia López Arnaiz



Le retour de la religion est rarement très bon signe. Même si la plupart des confessions perpétuent des valeurs positives et altruistes, c’est trop souvent en leur nom que sont perpétués les pires actes de barbarie et érigés les régimes les plus intolérants. Ces dérives en recrudescence ne doivent toutefois pas occulter le phénomène de société paradoxal que représente un certain regain de la foi chez certains individus. Avec tout ce que cela implique de la part de leur entourage, à commencer par une incompréhension partagée. Ce sont souvent les familles qui imposent à leurs enfants une éducation religieuse qui se trouvent confrontées à la détermination de leur progéniture à entrer dans les ordres, comme pour s’approprier et même transcender un choix originel qui leur a été imposé. Tel est peu ou prou le sujet des Dimanches. Elle-même élevée dans la laïcité, la réalisatrice y aborde cette thématique à contre-courant en soulignant ce qu’elle représente au sein de la société espagnole, l’une des plus imprégnées par le catholicisme en Europe. Une lycéenne de 17 ans provoque un véritable trouble parmi les siens quand elle leur annonce son intention de participer à une période d’intégration dans un couvent, en préambule à sa décision de devenir ensuite religieuse dans une congrégation qui plus est fermée. Malgré sa foi traditionnelle, sa famille réagit à cette décision très diversement. Autant le père se laisse convaincre, autant sa tante perçoit dans ce choix radical le signe d’un malaise social et générationnel plus profond.



Blanca Soroa, Juan Minujin et Patricia López Arnaiz



Comme elle traitait frontalement des agressions sexuelles dans la série choc Querer, Alauda Ruíz de Azúa aborde bille en tête ce sujet qui renvoie à l’héritage de la période franquiste et de ses rapports troubles avec les autorités ecclésiastiques. Le milieu qu’elle décrit découle logiquement des notables traditionalistes mis en scène par Luis Bunuel au cours de sa période espagnole. En l’occurrence, ils se trouvent confrontés à un paradoxe insoluble qui les incite à assurer une éducation religieuse à leurs enfants, quitte à voir ceux-ci se radicaliser en choisissant d’entrer dans les ordres. Avec en filigrane un profond malaise de la jeunesse qui ne sait plus en quelque sorte à quel saint se vouer dans un monde sans Dieu. Ce film situé au cœur du Pays Basque espagnol propose une réflexion passionnante sur le rôle de l’éducation, à travers un personnage qui échappe à son milieu et renvoie celui-ci à son impuissance face aux responsabilités qui devraient être les siennes. Il souligne aussi à quel point le rapport au spirituel s’est déplacé quand la religion d’État est devenue un enjeu purement individuel, mais aussi un recours possible en cas de crise parmi une jeunesse en perte de repères et surtout d’illusions. L’habileté des Dimanches consiste à confronter deux points de vue radicalement opposés, en assignant l’adolescente au centre de cette polémique à un emploi de témoin silencieux (on ne parle pas à table !), sa douceur virginale apparente constituant véritablement un leurre faussement rassurant dont sa famille ne semble pas vraiment prendre conscience, quand le père respecte sa décision, alors que sa tante remet en question sa sincérité sinon sa foi. Un débat que le film a la subtilité de ne pas chercher à résoudre et qu’il préfère laisser ouvert.

Jean-Philippe Guerand






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