La misteriosa mirada del Flamenco Film franco-chilo-germano-hispano-belge de Diego Céspedes (2025), avec Tamara Cortes, Matías Catalán, Paula Dinamarca, Pedro Muñoz, Luis Dubó, Vicente Caballero, Bruna Ramirez, Sirena González, Francisco Dia Z, Alexa Quijano, Claudia Cabezas, Alfredo Castro, Andrés Almeida, Felipe Rios… 1h48. Sortie le 18 février 2026.
Tamara Cortes et Paula Dinamarca
L’enfance de Lidia se déroule au début des années 80 au cœur du désert du Chili où quelques marginaux se sont regroupés dans un cabaret à proximité d’une cité minière pour pouvoir vivre librement, notamment sur le plan de la sexualité. Quand une maladie mortelle d’origine inconnue commence à se propager, la rumeur publique désigne cette communauté de parias pourtant bien intégrée comme responsable de cette mystérieuse épidémie contre laquelle n’existe aucun remède. Sinon une solidarité qui va jouer un rôle déterminant contre cette pandémie dévastatrice et ses effets collatéraux. Prix Un certain regard à Cannes, le premier long métrage de Diego Céspedes revient sur les années sida dans le contexte particulier du Chili alors en proie à la dictature impitoyable du général Pinochet. Dès lors, l’homosexualité constitue une proie providentielle pour l’opinion publique toujours prompte à désigner des boucs émissaires, face à l’impuissance de la médecine et à une maladie mortelle associée dans l’inconscient collectif au sexe et à la perversion. Vue par des yeux d’enfant, cette tragédie arbore des codes parfois difficiles à interpréter et renvoie à une longue tradition qui incite “la bonne société” à stigmatiser les victimes et à les ostraciser, même si ici elles se sont elles-mêmes mises en marge pour pouvoir jouir de leur liberté sans être inquiétées donc endurer en quelque sorte une double peine. Avec cette idée partagée, soutenue par la dictature et l’Église qui la soutient, selon laquelle le mal qui les frappe est un châtiment divin justifié par leur addiction clandestine à des mœurs dissolues.
En braquant son objectif sur ce microcosme cantonné volontairement à l’écart des villes et de leur grouillement impersonnel, le film s’attache aussi à une frange de la population stigmatisée dont le statut va considérablement évoluer au fil des décennies suivantes, jusqu’à être désignée comme trans, queer et LGBTQI+. Il propose donc simultanément une réflexion sur les ravages d’une épidémie et la violence des réactions qu’elle suscite, mais aussi une mise en perspective de l’évolution des mœurs dans un contexte particulièrement répressif. C’est tout l’enjeu du Mystérieux regard du flamant rose de célébrer la tolérance avec grâce. Le discours politique y est universel, mais jamais frontal. Il passe par une grâce et une poésie qui dépassent largement son sujet. Un monde à part, en marge de la société, vu à travers des yeux d’enfant donc paré d’un supplément d’âme qui lui permet de transcender la gravité de son sujet par une innocence empreinte d’une fraîcheur communicative. Diego Céspedes veille à ne jamais se positionner en surplomb de son sujet et à prendre le contrepied du naturalisme qu’on associe volontiers au sida pour privilégier sa composante essentielle : le facteur humain. Résultat, une étude de caractères qui constitue aussi une réflexion sur l’empathie et la tolérance, deux vertus plus que jamais fondamentales dans un monde qui croit parfois pouvoir en faire abstraction.
Jean-Philippe Guerand




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