Mamlaket Al-Qasab Film irako-qataro-américain de Hasan Hadi (2024), avec Baneen Ahmad Nayyef, Sajad Mohamad Qasem, Waheed Thabet Khreibat, Rahim AlHaj, Muthanna Malaghi, Ahmad Qasem Saywan, Maytham Mreidi, Thaer Salem, Ali Khalaf, Fatima Abouharoon, Mahmoud Mazen Lazen, Aqeel Wadi… 1h43. Sortie le 4 février 2026.
Baneen Ahmad Nayyef et Sajad Mohamad Qasem
Tout tyran est plus ou moins considéré aussi comme un petit père des peuples par ses sujets qui délèguent à leur progéniture le soin de célébrer à sa juste mesure ce chef d’état parfois chiche en bienfaits véritables. C’est sans doute parce qu’on connaît aujourd’hui le sort réservé à Saddam Hussein qu’on peut se permettre de sourire a posteriori de son régime dont le culte de la personnalité constituait la pierre angulaire. Lauréat de la Caméra d’or au Festival de Cannes, le premier film de Hasan Hadi se déroule dans les années 90, à un moment où l’Irak en proie aux sanctions internationales manque d’à peu près tout, à commencer par l’essentiel. Un contexte pour le moins défavorable à la mission impossible que se sont assignés Lamia, jamais sans son coq, et son ami Saeed : réunir les ingrédients nécessaires à la confection du gâteau d’anniversaire destiné au guide suprême… qui n'en prendra jamais connaissance. C’est cette quête que raconte le film avec beaucoup d’humour et de tendresse, le réalisateur tirant le meilleur de ses jeunes interprètes sur un registre d’autant plus délicat qu’ils passent par une vaste gamme de sentiments et ne versent à aucun moment dans le cabotinage. Le miracle réside dans le traitement de choc cinématographique qu’applique le réalisateur à cette histoire simple aux développements compliqués qui évite le pathos au profit d’un charme et d’un humour souvent irrésistibles. On pense parfois à cet album d’Astérix dans lequel le petit Gaulois et son copain Obélix partent en quête des ingrédients de la potion magique à la demande du druide Panoramix.
Baneen Ahmad Nayyef, à droite
Il émane de ce Gâteau du Président une délicatesse et un naturel qui renvoient aux plus beaux films de Satyajit Ray, Luigi Comencini, François Truffaut ou Abbas Kiarostami, ces chantres de l’enfance qui excellaient dans la peinture d’un âge dont les interprètes ne sont pas encore tout à fait des acteurs comme les autres et n’en arborent en tout cas aucun des stigmates et des tics. Une certitude crève l’écran à la vision de cette chronique d’une enfance : Hasan Hadi excelle dans l’art délicat qui consiste à préserver la fraîcheur de ses jeunes interprètes tout en donnant un supplément d’âme à leurs personnages. Il parvient ainsi à distiller une multitude de notations très justes sur ce que ça représente de grandir sous une dictature qui utilise le culte de la personnalité pour endoctriner sa population dès l’âge tendre, avec cette menace sourde qui pèse en permanence sur ces écoliers au cas où ils ne parviendraient pas à s’acquitter de la mission qui leur a été dévolue. Un discours déclinable dans la plupart des dictatures qui confère au film une portée universelle à travers un langage intelligible par tous les spectateurs, quels que soient leur âge où leur origine. Inspiré par ses propres souvenirs d’enfance, Hasan Hadi creuse d’emblée un sillon personnel qui donne envie de le suivre afin de découvrir quel tour il donnera à sa carrière, même s’il semble avoir choisi la voie de l’exil pour œuvrer en toute liberté. Son coup d’essai est un authentique coup de maître qui fait chaud au cœur et révèle un héritier d’Albert Lamorisse (Le ballon rouge).
Jean-Philippe Guerand




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