Eojjeolsuga eobsda Film sud-coréen de Park Chan-wook (2025), avec Lee Byung-hun, Son Ye-jin, Park Hee-soon, Lee Sung-min, Yum Hye-ran, Cha Seung-won, Yoo Yeon-seok, Yoon Ga-yi, Cha Seung-weon, Oh Dal-su… 2h19. Sortie le 11 février 2026.
Son Ye-jin
C’est l’histoire banale d’un père de famille épanoui qui se voit licencié de l’usine de papier dans laquelle son rang de cadre semblait le mettre à l’abri du chômage. Ce revers professionnel inattendu menace directement son statut social et l’incite à prendre une décision radicale : éliminer ses concurrents potentiels sur le marché du travail. On reconnaîtra là le sujet du Couperet (2005) que Costa-Gavras avait tiré du roman homonyme de Donald Westlake (Payot & Rivages, 1998). Une parabole féroce autour de l’horreur économique qui n’a rien perdu de son actualité et qui a d’ailleurs inspiré des adaptations passablement différentes aux deux réalisateurs, le projet de remake du cinéaste coréen remontant tout de même à… 2009 ! Dans le film français, le personnage principal était un ingénieur victime du chômage de longue durée à la suite d’une délocalisation qui entreprenait d’identifier ses rivaux avant de les supprimer, tandis qu’en Corée du Sud, cette entreprise de destruction s’avère beaucoup plus massive et prend la forme d’un exutoire au fond assez joyeux. Connu pour des films noirs comme Old Boy (2003) et Decision to Leave (2022), Park Chan-wook joue cette fois la carte de la comédie sociale et orchestre un jeu de massacre qui va crescendo et dont le responsable dépourvu d’états d’âme cherche avant tout à sauver sa peau et son statut social, quitte à recourir à des moyens disproportionnés pour parvenir à ses fins dans une atmosphère qui culmine en hystérie collective. Le réalisateur coréen ajoute en outre à cette mécanique criminelle de précision un facteur technologique qui n’en modifie pas vraiment l’esprit. Mais n’en révélons pas davantage…
Lee Byung-hun
Aucun autre choix suscite un rire qui s’étrangle dans la gorge, tant la situation de cet homme de pouvoir apparaît universelle. En filigrane, son sujet est le poids du déclassement social et ses conséquences humaines en cascade. En l’occurrence, victime d’un système dont il ne constitue qu’un rouage, ce mouton enragé se croit dans son bon droit et agit en conséquence, en se substituant à un système défaillant pour préserver la maison qu’il a eu tant de mal à acquérir et son noyau familial menacé par cette tourmente. Mieux vaut sans doute en rire, mais le film utilise son propos comme prétexte à la description d’un monde sans pitié où il n’existe plus la moindre certitude et où plus rien ne paraît acquis. La limite de ce jeu de massacre réside sans doute dans son escalade exponentielle qui va jusqu’à l’absurde, au détriment d’un minimum de vraisemblance quant à la vigilance d’une police un peu trop négligente pour être tout à fait crédible. Park Chan-wook n’arrive plus à s’arrêter et atténue le message social de son film au profit d’une farce grinçante et désabusée qui en vient à appliquer à son personnage principal une sorte de double peine : non content de n’être qu’un pion sur l’échiquier des restructurations industrielles, il est condamné à brève échéance à céder sa place non pas à des travailleurs plus qualifiés mais à une concurrence cybernétique corvéable à merci. Le message est terrifiant et ne fait rire que… jaune.
Jean-Philippe Guerand




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