Documentaire français de Thomas Ellis (2025) 1h26. Sortie le 7 janvier 2026.
On ne compte plus les films sur les migrants et tous ces damnés de la terre condamnés à fuir leurs pays dévastés à destination de cet eldorado illusoire que représente la vieille Europe coloniale. Thomas Elis a choisi une autre option en se concentrant sur le stade suivant, celui de l’intégration. Il choisit pour cela cinq jeunes gens déterminés à faire leur vie à Marseille. Son film constitue en cela le plus radical des remèdes contre ces prophètes de malheur qui exigent la fermeture des frontières, l’expulsion des étrangers en situation irrégulière sans étude de leur dossier et le repli sur soi. Le titre de ce film donne une idée assez juste de l’état d’esprit qui l’anime : Tout va bien. On y découvre des jeunes gens d’aujourd’hui bien décidés à se faire une place au soleil de la Cité Phocéenne. C’est-à-dire à apprendre un métier, fonder une famille et accéder ainsi à l’indépendance qui correspond aussi au passage à l’âge adulte, cap universel s’il en est. Aminata la Guinéenne, Khalil l’Algérien, Junior, Abdoulaye et Tidiane les Ivoiriens, tous âgés de 14 à 19 ans, vivent chacun à leur façon leur situation de mineurs non accompagnés et jetés dans le grand bain de la vie, entre le déchirement d’avoir quitté leur terre natale et le désir de trouver leur voie en traçant leur propre chemin. Quitte à faire croire à leurs familles restées au pays que leur exil est plus idyllique qu’il ne l’est véritablement. Avec aussi l’espoir de les faire venir à leur tour dans ce pays de cocagne qu’ils embellissent à dessein pour les rassurer.
Soutenu par l’Aide Sociale à l’Enfance, plusieurs associations et sous le patronage de l’Éducation nationale, Thomas Elis venu du reportage télévisé signe un portrait de groupe chaleureux dont la première vertu consiste à donner confiance en notre capacité à accueillir et à élever, dans tous les sens que revêt ce terme. Il émane de ce film une empathie de tous les instants. Car, au-delà du statut de migrant qui regroupe en fait des situations extrêmement dissemblables, c’est une nouvelle génération Black Blanc Beur qui éclate comme une véritable promesse d’espoir dans un pays vieillissant. Chacun de ces jeunes gens s’accroche à un rêve qui semblerait presque trop beau pour être vrai s’il ne reposait pas sur une véritable fringale. Cet appétit de vivre qui caractérise cet âge qu’on appelle des possibles parce qu’il correspond au moment où la plupart des individus doivent prendre des décisions rien moins qu’existentielles qui décideront du reste de leur vie ou presque. Le film de Thomas Ellis tire son énergie euphorisante de ces nécessitées conjuguées. Ses protagonistes ont mieux compris que la plupart des Français de souche que c’est à eux et à eux seuls qu’il incombe de saisir la chance qui leur est offerte et d’aller de l’avant. Car dans cette foire aux illusions, le travail reste le vecteur d’intégration et de promotion sociale le plus efficace. Tout va bien est non seulement un film résolument optimiste qui préfère aller de l’avant que se retourner sur le passé, mais une œuvre généreuse qu’on peut considérer comme le plus radical des antidotes contre le poison du populisme, de la xénophobie et de la peur de l’autre.
Jean-Philippe Guerand




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