Accéder au contenu principal

“Nuremberg” de James Vanderbilt



Film américano-hongrois de James Vanderbilt (2025), avec Russell Crowe, Rami Malek, Richard E. Grant, Michael Shannon, Leo Woodall, John Slattery, Colin Hanks, Mark O’Brien, Wrenn Schmidt, Lydia Peckham, Lotte Verbeek, Andreas Pietschmann, Steven Pacey, Roderick Hill, Dan Cade, Paul Antony-Barber, Wolfgang Cerny, Donald Sage MacKay… 2h28. Sortie le 28 janvier 2026.



Russell Crowe



Du procès de Nuremberg, on connaît essentiellement ce que les actualités de l’époque en ont conservé. Les cinéphiles gardent en outre en mémoire le film de Stanley Kramer Jugement à Nuremberg (1961) qui décrivait en fait un procès fictif censé synthétiser les faits authentiques pour les mettre en perspective. En s’attelant à son tour à cet événement historique qui a vu un certain nombre de dignitaires nazis confrontés à leurs crimes, James Vanderbilt a adopté le point de vue d’un homme de l’ombre, le psychiatre new-yorkais Douglas M. Kelley chargé d’évaluer la santé mentale des vingt-deux accusés, à travers l’article que lui a consacré l’historien Jack El-Hai sous le titre éloquent “Le Nazi et le psychiatre” avant d’en tirer un livre publié aux Arènes en 2013. Il s’y concentre sur les relations de ce jeune homme influençable avec Hermann Göring, ex-bras droit d’Adolf Hitler et plus haut gradé des survivants du Troisième Reich jugés à Nuremberg. Une confrontation éprouvante qui éclaire d’un jour inédit la personnalité de ce bourreau acculé à jouer les victimes, et devenu un véritable virtuose sur ce registre, qui va manifester à travers cette confrontation éminemment toxique un pouvoir de nuisance et un sens de la manipulation hors du commun. Au point d’attirer la suspicion sur la probité du médecin de la part des autorités judiciaires qui voulaient faire de ce moment historique une leçon pour l’humanité.



Richard E. Grant, Michael Shannon et Rami Malek



Le point de vue singulier de ce film inspiré de faits rigoureusement authentiques illustre magistralement la fameuse banalité du mal théorisée par Hannah Arendt, en échappant habilement aux pièges du manichéisme. Malgré sa facture résolument classique, Nuremberg propose une réflexion universelle servie par des interprètes remarquables, en privilégiant la psychologie sur les événements historiques proprement dits. Face à Russell Crowe dans le rôle de l’ogre Göring, Rami Malek trouve un nouveau rôle à la démesure de son incarnation hallucinante de Freddie Mercury dans Bohemian Rhapsody. Le plus étonnant est sans doute que son personnage ait bel et bien existé, lui qui se rêvait neurologue et a poursuivi sa carrière comme criminologue avant de se donner la mort à 45 ans. Douglas M Kelley a écrit dès 1947 un ouvrage intitulé “Les 22 de Nuremberg : dans la tête des nazis” que publient les Éditions du Cercle à l’occasion de la sortie française du film. Il y relate ce jeu du chat et de la souris qui l’a marqué à vie. Le procès se trouve ici résumé symboliquement à quelques joutes de prétoire qui en résument l’esprit, avec néanmoins ce morceau de bravoure authentique qu’a constitué la projection du documentaire de George Stevens Nazi Concentration Camps (1945) produit par John Ford que James Vanderbilt n’a choisi de montrer à ses interprètes que le jour du tournage afin de pouvoir saisir leurs réactions spontanées. C’est évidemment le moment le plus poignant de ce film nécessaire auquel on pardonnera d’être parfois un peu trop hollywoodien, même s’il réussit la gageure de résumer un an de procès en quelques dizaines de minutes, tout en en décrivant des dégâts collatéraux.

Jean-Philippe Guerand



Leo Woodall

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le paradis des rêves brisés

La confession qui suit est bouleversante… © A Medvedkine Elle est le fait d’une jeune fille de 22 ans, Anna Bosc-Molinaro, qui a travaillé pendant cinq années à différents postes d’accueil à la Cinémathèque Française dont elle était par ailleurs une abonnée assidue. Au-delà de ce lieu mythique de la cinéphilie qui confie certaines tâches à une entreprise de sous-traitance aux méthodes pour le moins discutables, CityOne (http://www.cityone.fr/) -dont une responsable non identifiée s’auto-qualifie fièrement de “petit Mussolini”-, sans nécessairement connaître les dessous répugnants de ses “contrats ponctuels”, cette étudiante éprise de cinéma et idéaliste s’est retrouvée au cœur d’un mauvais film des frères Dardenne, victime de l'horreur économique dans toute sa monstruosité : harcèlement, contrats précaires, horaires variables, intimidation, etc. Ce n’est pas un hasard si sa vidéo est signée Medvedkine, clin d’œil pertinent aux fameux groupes qui signèrent dans la mouva...

Berlinale Jour 2 - Mardi 2 mars 2021

Mr Bachmann and His Class (Herr Bachmann und seine Klasse) de Maria Speth (Compétition) Documentaire. 3h37 Dieter Bachmann est enseignant à l’école polyvalente Georg-Büchner de Stadtallendorf, dans le Nord de la province de Hesse. Au premier abord, il ressemble à un rocker sur le retour et mêle d’ailleurs à ses cours la pratique des instruments de musique qui l’entourent. Ses élèves sont pour l’essentiel des enfants de la classe moyenne en majorité issus de l’immigration. Une particularité qu’il prend constamment en compte pour les aider à s’intégrer dans cette Allemagne devenue une tour de Babel, sans perdre pour autant de vue leurs racines. La pédagogie exceptionnelle de ce professeur repose sur son absence totale de préjugés et sa foi en une jeunesse dont il apprécie et célèbre la diversité. Le documentaire fleuve que lui a consacré la réalisatrice allemande Maria Speth se déroule le temps d’une année scolaire au cours de laquelle le prof et ses élèves vont apprendre à se connaître...

Bud Spencer (1929-2016) : Le colosse à la barbe fleurie

Bud Spencer © DR     De Dieu pardonne… Moi pas ! (1967) à Petit papa baston (1994), Bud Spencer a tenu auprès de Terence Hill le rôle de complice qu’Oliver Hardy jouait aux côtés de Stan Laurel. À 75 ans et après plus de cent films, l’ex-champion de natation Carlo Pedersoli, colosse bedonnant et affable, était la surprenante révélation d’ En chantant derrière les paravents  (2003) d’Ermanno Olmi, Palme d’or à Cannes pour L’arbre aux sabots . Une expérience faste pour un tournant inattendu au sein d’une carrière jusqu’alors tournée massivement vers la comédie et l’action d’où émergent des films comme On l’appelle Trinita (1970), Deux super-flics (1977), Pair et impair (1978), Salut l’ami, adieu le trésor (1981) et les aventures télévisées d’ Extralarge (1991-1993). Entrevue avec un phénomène du box-office.   Rencontre « Ermanno Olmi a insisté pour que je garde mon pseudonyme, car il évoque pour lui la puissance, la lutte et la viol...