Mini-série française d’Antoine Garceau (2025), avec Denis Podalydès, Valérie Karsenti, Judith Chemla, Marie Denarnaud, Baptiste Carrion-Weiss, Pauline Briand, Suzanne Jouannet, Léa Lopez, Jean-Luc Porraz, Thibault Vinçon, Anne Loiret, Louise Orry-Diquéro, Oscar Copp, Johann Cuny, Bertrand Suarez-Pazos, Charles Clément, Cyril Metzger, Francis Leplay, Raphaëlle Cambray, Solal Bouloudnine, Stéphane Facco, Philipe Briouse, Christophe Kourotchkine, Daniel-Jean Colloredo, Serge Avédikian… 4 x 52 mn. Mise en ligne sur France Télévisions le 5 janvier 2026.
Denis Podalydès, Judith Chemla et Charlie Borghi
Trente ans après sa mort, le temps est sans doute venu de dresser le bilan de la présidence de François Mitterrand. C’est le défi auquel se frotte cette mini-série en s’attachant aux paradoxes et aux contradictions du premier président socialiste de la Cinquième République en déconstruisant la chronologie pour mieux le confronter à ses nombreuses zones d’ombre. À l’instar des deux femmes de sa vie : Danielle la légitime, son éminence grise, et Anne Pingeot, rencontrée en 1957 à Hossegor alors qu’elle ‘avait que 14 ans qui deviendra la mère de sa fille cachée, Mazarine. Le tour de force de ce biopic sous forme de points de suspension réside dans sa capacité à résumer cette figure controversée à travers ces détails qui ont construit sa légende. Avec pour source principale le best-seller de Pierre Péan, “Une jeunesse française : François Mitterrand, 1934-1947” (Fayard, 1994), mais aussi de larges emprunts à son abondante correspondance réunie dans “Lettres à Anne (1962-1995)” (Gallimard, 2016). Les connaisseurs n’apprendront sans doute pas grand-chose de Mitterrand confidentiel, mais force est de reconnaître l’efficacité de la narration qui s’installe à l’Élysée et se promène à partir de là dans le passé parfois sulfureux de son héros, jeune loup aux dents longues à Vichy qui entre en résistance, contribue à sauver le mari de Marguerite Duras, Robert Anthelme, s’évade de captivité, gravit les échelons du pouvoir, noue une solide amitié avec l’industriel basque Pingeot dont il séduit la fille avant de lui offrir une maison à Latche puis de se raviser en faveur de son épouse légitime. Ainsi va la vie de cet homme d’État qui réussit la prouesse d’unir les socialistes derrière lui avant d’entrer dans l’histoire sinon la légende.
Comme Michel Bouquet dans Le promeneur du Champ de Mars (2005) de Robert Guédiguian, Denis Podalydès entre dans la peau de François Mitterrand sans chercher vraiment à lui ressembler physiquement. Il en saisit juste quelques signes extérieurs qui lui permettent ensuite de laisser libre cours à son talent d’acteur sans avoir à jouer les chiens savants. Cette entreprise ne cherche d’ailleurs jamais à être un dîner de têtes, le mimétisme s’avérant en fait beaucoup plus efficace que la ressemblance. Le casting fonctionne parfaitement, de Valérie Karsenti en Danielle Mitterrand à Judith Chemla en Anne Pingeot, en passant par sa version jeune qu’incarne Léa Lopez, l’excellente Suzanne Jouannet en Mazarine et Marie Denarnaud qui exprime à merveille la complexe complicité d’Anne Lauvergeon. Et si la période de la jeunesse qui met en avant un jeune ambitieux campé par Baptiste Carrion-Weiss s’avère plus décorative et parfois anecdotique que le reste, c’est sans doute parce que celui-ci a une marge de manœuvre trop étroite pour s’exprimer. L’ensemble conserve cependant un minimum d’équilibre et constitue une sorte de visite guidée de cette vie assez emblématique des époques qu’elle traverse, par ses trahisons, ses accidents de parcours et ses amitiés les plus sulfureuses. Sinon à vouloir le confronter à la réalité de notre époque troublée et en perte de repères fiables, ce compte-rendu honnête a peu de chance de faire bouger les lignes entre les mitterrandolâtres nostalgiques et ses opposants de toujours. Gageons toutefois que celles et ceux qui ont tendu une rose rouge à sa mémoire, place de la Bastille, le 8 janvier 1996, vibreront la gorge serrée à cette célébration qui coche toutes les cases de la légende en sacrifiant au denier du culte.
Jean-Philippe Guerand




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