Kinomexanikin Qayidisi Documentaire franco-allemand d’Orkhan Aghazadeh (2024), avec Samidullah Idrisov, Ayaz Khaligov… 1h20. Sortie le 21 janvier 2026.
Ayaz Khaligov et Samidullah Idrisov
Les amoureux du cinéma reçoivent parfois des cadeaux imprévus. C’est le cas de ce documentaire surgi de nulle part qui relate une quête impossible : celle dans laquelle se lance un réparateur de télévisions en se mettant en tête de rouvrir la salle de cinéma de son village de la montagne azerbaïdjanaise, à la frontière de l’Iran. Il lui faut d’abord dépoussiérer et réparer un projecteur archaïque dont rien ne garantit que ses pièces détachées soient encore disponibles quelque part. Mais notre homme est aussi sage que patient. Et quand Samid trouve un allié inattendu en la personne d’un jeune homme passionné par la technique, Ayaz, leur croisade revêt un tout autre sens, chacun usant de ses propres armes pour résoudre ce problème. Malgré son thème qui aurait pu donner lieu à un Feelgood Movie anthropologique, cette chronique documentaire est un spécimen magnifique de cinéma du réel dont le dénouement est longtemps demeuré incertain pour les deux cinéphiles qu’il met en scène et par extension pour son réalisateur, Orkhan Aghazadeh. Le retour du projectionniste est à tous les sens du terme un pari réussi. Dans l’attente hypothétique des pièces détachées nécessaires pour rendre le projecteur opérationnel, nos deux compères apprennent à se connaître, comme un grand-père et un petit-fils qui se découvriraient autour d’une passion commune. Avec le cinéma pour lumineux objet de leur désir et une foi capable de déplacer des montagnes… ce qui tombe en l’occurrence plutôt bien.
En filigrane de cette improbable chasse au trésor, Orkhan Aghazadeh dresse le portrait de groupe d’une communauté isolée dont les aînés ont connu le régime communiste et apprécié ses efforts pour propager la culture dans les territoires les plus isolés. Même si, quand les deux larrons organisent la projection de quelques bobines d’un film indien mystérieusement retrouvé, ils doivent le censurer à leur façon pour ne pas choquer les âmes trop sensibles et surtout lui ajouter son dénouement, de crainte de laisser leur public frustré. Le retour du projectionniste revient aux origines mêmes du cinématographe, cette activité grégaire qui permettait à l’origine de partager le rire, les larmes et les grands sentiments. C’est en cela une expérience bouleversante, mais moins amère qu’enthousiaste, qui repose sur la confrontation du passé que représente le vieil opérateur et de l’avenir qu’incarne le jeune homme. Raccourci saisissant qui souligne l’éternité du septième art à travers les réactions qu’il suscite, mais aussi grâce à la communion de ses spectateurs, aussi différents puissent-ils être à tous les points de vue. Ce happening permanent séduit par sa fraîcheur et les incertitudes qui ont présidé à sa réalisation avant d’en devenir aujourd’hui l’un des arguments principaux. Avec cette coexistence dont le réalisateur tient à souligner la contradiction : “ L’ancienne génération se souvient encore de comment c’était avant, alors que les jeunes ne ressentent pas le manque de ce qu’ils n’ont jamais eu. ” CQFD !
Jean-Philippe Guerand




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