Kitoboy Film russo-polono-belge de Philipp Yuryev (2020), avec Vladimir Onokhov, Vladimir Lyubimtsev, Kristina Amus, Nikolay Tatato, Arieh Worthalter, Maria Chuprinskaia, Ankas Aimetgirgin, Evgeny Ayanto, Gennady Iuneut, Tomfey Tymnervye, Ivan Tynau, Zakhar Vykvytke… 1h33. Sortie le 28 janvier 2026.
Vladimir Onokhov et Vladimir Lyubimtsev
Il n’existe plus beaucoup de terres vierges de cinéma. C’est toutefois le cas du détroit de Béring, cette région extrême-orientale de la taille d’une fois et demie la France située entre la Russie et l’Amérique est peuplée d’une poignée de pêcheurs qui vivent de la chasse à la baleine et semblent passablement coupés des fracas de la civilisation. C’est dans ce cadre perdu de l’Arctique qu’un adolescent en virée sur internet aboutit sur un site érotique où il succombe au charme d’une camgirl. Dès lors, il décide de traverser le bras de mer qui le sépare des États-Unis pour partir symboliquement à la conquête de ce monde si loin, si proche dont il ne sait pas vraiment quoi attendre. Au-delà de la simplicité de son argument, le premier long métrage du réalisateur russe Philipp Yuryev renvoie à une conception du cinéma qui va de Nanouk l’esquimau (1922) de Robert Flaherty à une bonne partie de l’œuvre de Werner Herzog dont chaque film constitue une véritable victoire sur les éléments et dont la philosophie a guidé l’auteur du Chasseur de baleines. Il prend à dessein pour personnage principal un représentant de cet âge de la vie où tout semble possible et raconte son histoire comme une fable d’apprentissage dans laquelle le mirage de la civilisation télescope un monde primitif qui perpétue les mêmes traditions depuis des siècles.
Vladimir Onokhov
Le chasseur de baleines est un film qui joue sur l’espace et le temps à bien des égards par l’espace géographique dans lequel il se déroule. Une région frontalière de deux fuseaux horaires peuplée de moins de cinquante mille habitants où la Russie a toujours un jour d’avance sur l’Amérique, alors que le premier de ces pays a plutôt tendance à incarner le passé aux yeux de son jeune protagoniste, là où le second représente symboliquement le futur. Ironie du sort, il nous est donné de découvrir ce film plus de cinq ans après sa réalisation, à un moment où le contexte géopolitique lui donne une tout autre signification et où son innocence est contredite par le réveil de l’antagonisme Est-Ouest. L’occasion aussi d’y découvrir le Belge Arieh Worthalter dans le rôle d’un garde-frontière, quatre ans avant son César du meilleur acteur obtenu pour Le procès Goldman de Cédric Kahn. On en retiendra toutefois une fraîcheur qui reste l’apanage de la jeunesse, son personnage principal vivant une sorte d’éducation sentimentale à la mode d’aujourd’hui qui contraste avec la cruauté de l’univers dans lequel il évolue au quotidien, celui de ces chasseurs de baleines dont le film montre le labeur éprouvant. Le cadre dépaysant du district autonome de Tchoukotka devient dès lors un personnage à part entière de ce voyage intérieur d’une grande beauté plastique qui révèle en Yuryev un talent singulier et totalement atypique.
Jean-Philippe Guerand




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