Film franco-belge de Jean-Paul Salomé (2025), avec Reda Kateb, Bastien Bouillon, Sara Giraudeau, Pierre Lottin, Camille Japy, Victor Poirier, Lolita Chammah, Olivier Loustau, Quentin Dolmaire, Arthur Teboul, Ambrine Trigo Ouaked, Héléna Sadowy… 2h08. Sortie le 14 janvier 2026.
Reda Kateb
Certains destins reposent sur des détails. Parce que son statut d’apatride l’a empêché de déposer les brevets de ses inventions, l’ingénieur polonais Ceslaw Jan Bojarski, réfugié en France pendant l’Occupation dans l’attente d’y être naturalisé, se lance dans la contrefaçon de billets de banque, tout en justifiant son train de vie auprès de son épouse par une prétendue activité de représentant de commerce. Notre homme brillant par son perfectionnisme, il améliore sa technique et change régulièrement de coupures, attirant ainsi l’attention des experts de la Banque de France qui comprennent qu’ils ont affaire à un faussaire de génie agissant seul, donc particulièrement difficile à identifier. Ce sujet en or inspire au réalisateur de La syndicaliste un film policier qui brille notamment par sa reconstitution des années 50 et 60 en renvoyant au cinéma de genre de cette époque. Son personnage principal est décrit comme un orfèvre authentique dans son domaine qui n’aime rien tant que le travail bien fait, même s’il ne peut en tirer aucune reconnaissance autre que pécuniaire sous peine de se voir démasqué. Un paradoxe qui passe par son envie irrésistible de se mesurer au meilleur flic de France envoyé à ses trousses, tout en brouillant les pistes. La construction du film est classique, son approche résolument romanesque. Salomé signe une reconstitution tirée à quatre épingles en montrant comment un quidam disposé à apporter sa contribution personnelle au pays qui l’a accueilli va basculer dans l’illégalité et une forme de clandestinité parce qu’on a tardé à lui accorder sa citoyenneté à part entière.
Sara Giraudeau et Reda Kateb
L’affaire Bojarski revendique sa facture de polar classique, tout en proposant un tableau saisissant de la fameuse France des Trente Glorieuses, à travers une atmosphère qui passe par l’utilisation d’une palette de couleurs plutôt ternes. Un parti pris chromatique très efficace qui s’accompagne du soin particulier apporté à une galerie de personnages parfois pittoresques d’où émergent notamment Sara Giraudeau et Pierre Lottin qui auraient eu toute leur place dans un drame de ce fameux réalisme poétique cher à Julien Duvivier et Marcel Carné. Avec cette figure de style que constitue le jeu du chat et de la souris auquel se livrent pendant une quinzaine d’années le commissaire Mattei (homonyme du personnage de Bourvil dans Le cercle rouge), nommé dans la réalité Benamou, que campe Bastien Bouillon et le passe-muraille insaisissable incarné par Reda Kateb. Cette mécanique de précision n’a d’autre ambition que de renouer avec ce fameux cinéma du samedi soir qui a fait le bonheur de nos grands-parents à une époque où les spectateurs attendaient avant tout de la fréquentation des salles obscures un moment d’évasion. Jean-Paul Salomé nous l’offre avec élégance, sans jamais se hasarder à juger ce gentleman réputé pour ses faux Bonaparte de cent nouveaux francs qui en est venu à considérer son activité illicite comme un moyen de démontrer son génie. Le tout face à une société qui n’avait pas jugé bon de prêter attention à des multiples trouvailles et inventions comme les affectionnait le fameux concours Lépine, d’un bouchon verseur à un rasoir électrique. Comme quoi la rancune peut parfois susciter des vocations.
Jean-Philippe Guerand

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