Documentaire français d’Olivier Azam et Daniel Mermet (2025), avec Howard Zinn, Chenea Bullock, Noam Chomsky, Chris Hedges, Julian Hipkins III, Kadari Taylor-Watson, Lauren Cooper, Shelia Washington, Loretta Tolliver, Rel Jerell, Thomas Reidy… 1h52. Sortie le 28 janvier 2026.
Howard Zinn
L’histoire officielle relève parfois de la légende. Surtout dans un pays de pionniers comme les États-Unis dont on fêtera cette année les deux siècles et demi d’existence. Cette jeunesse a engendré un complexe collectif au pays de l’Oncle Sam qui a ainsi forgé son propre passé, afin d’en éliminer les zones d’ombre au profit d’exploits parfois inventés. C’est un peu comme si le scénariste de cette saga héroïque avait suivi le conseil de John Ford prodigué par la voix de Carleton Young dans L’homme qui tua Liberty Valance (1962), « quand la légende dépasse la réalité, alors on publie la légende ». Un homme intègre s’est efforcé de lutter contre cette pratique fâcheuse dans un livre majeur, “Une histoire populaire des États-Unis” (Agone, 2003). Cet historien et politologue, c’est le regretté Howard Zinn (1922-2010) que le journaliste Daniel Mermet a invité en 2003 dans son émission de France Inter, “Là-bas si j’y suis”, pour la sortie tardive de son livre en français et qu’il a longuement interviewé avec Olivier Azam quatre ans plus tard à Boston. Les deux compères lui ont consacré un premier documentaire intitulé Howard Zinn, une histoire populaire américaine (2015) auquel vient s’ajouter aujourd’hui un deuxième opus (suivi d’un dernier en 2027) qui trouve sa justification dans le dénigrement en règle auquel s’est livré Donald J. Trump en septembre 2020 contre cet ouvrage vendu à 2,6 million d’exemplaires aux États-Unis depuis sa publication, quarante ans plus tôt : « Nos enfants sont instruits à partir des tracts de propagande comme celle de Howard Zinn qui tentent de faire honte aux étudiants de leur propre histoire. La gauche a dénaturé et souillé l’histoire américaine. »
Chenea Bullock
Howard Zinn démontre à travers ses recherches à quel point l’histoire américaine a été réécrite pour en gommer les minorités, qu’il s’agisse des Amérindiens, des esclaves et leurs descendants, des ouvriers, des migrants, des syndicalistes et même… des femmes. Devenu activiste, il milite contre des guerres qu’il qualifie d’impérialistes, du Vietnam à l’Afghanistan en passant par l’Irak. Et surtout, il remet en cause des mythes voire des mythologies comme Christophe Colomb, Thanksgiving, la crise de 29, Sacco et Vanzetti, le New Deal, Henry Ford, la guerre d’Espagne et l’entrée en guerre des États-Unis. Sa version des faits diverge de la version officielle et décrit un pays obsédé par le profit et prêt à toutes les compromissions pour s’enrichir avec un cynisme assumé. Zinn fait tomber les masques, mais toujours en argumentant. Et, il l’assume : « Je ne suis pas neutre, tu ne peux pas être neutre quand le train est en marche. » Partant du principe que l’objectivité n’existe pas, il démonte la dialectique officielle avec une rigueur exemplaire et rétablit quelques vérités fondamentales qui ne cadrent pas vraiment avec la doxa en usage. Malgré une narration parfois brouillonne, la parole de Zinn s’avère d’une grande limpidité et d’une persuasion qui explique qu’il soit devenu pacifiste après avoir contribué au bombardement de Royan à la fin de la Seconde Guerre mondiale, que le FBI l’ait surveillé pendant la Chasse aux sorcières et qu’il ait soutenu le mouvement pour les droits civiques. Ce film débordant de poil à gratter tombe à pic. Il ne faut surtout pas passer à côté.
Jean-Philippe Guerand




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