Film américano-mexicain de Michel Franco (2025), avec Jessica Chastain, Isaac Hernández, Rupert Friend, Marshall Bell, Mercedes Hernández, Eligio Meléndez, Lee Braithwaite, Eduardo Gonzalez, Hugo Costa Ramos, Julio Bernal, René Martinez, Nadia Flamenco, Ali Kiley, Areyla Faeron… 1h38. Sortie le 28 janvier 2026.
Un jeune homme mexicain traverse la frontière américaine à ses risques et périls afin de rejoindre une bourgeoise dont il est devenu l’amant. Dès lors se joue un rituel étrange entre cet homme venu d’ailleurs et sa riche maîtresse pour laquelle il est une sorte de jouet sexuel, en échange d’un confort artificiel et d’un encouragement à exploiter ses qualités de danseur. Rompu à l’art de signer des études de mœurs anticonformistes et même souvent provocatrices, Michel Franco aborde cette histoire d’amour déséquilibrée comme une sorte de version en réduction de la lutte des classes revue et corrigée par la fameuse théorie du maître et de l’esclave, mais aussi des rapports du pays phare de l’impérialisme avec un voisin nettement moins favorisé qu’il considère volontiers comme un vassal et traite parfois comme un amoureux éconduit. Un sujet troublant ponctué de scènes sensuelles qui résonne avec notre époque, alors même que son scénario en a évidemment été imaginé avant le retour au pouvoir de Donald Trump et la chasse aux migrants menée manu militari par les miliciens d’ICE. Ce serait oublier qu’au cours de son premier mandat, le président Maga avait déjà mis en détention ces indésirables dans des centres de rétention, en allant même jusqu’à séparer les enfants de leurs parents, avant de se voir rappeler à l’ordre sinon à la raison. Un contexte qui baigne ce film en équilibre constant entre la réalité et les fantasmes.
Isaac Hernández et Jessica Chastain
L’œuvre tout entière du cinéaste mexicain Michel Franco est traversée par un vent de révolte sur fond de lutte des classes qui montre à quel point ce moraliste un rien désabusé n’est pas dupe du monde dans lequel il évolue. Chez lui, les personnages sont souvent des révoltés qui tentent de briser le moule social dans lequel on essaie de les enfermer. Quitte à accepter de subir des dégâts collatéraux pour sauver leur peau. Dreams atteint en quelque sorte un point de non-retour à travers la sujétion d’un danseur qui paie de ses faveurs le privilège de pouvoir mener une existence bourgeoise en se soumettant au désir de sa maîtresse et en conséquence aussi à ses caprices, avec le risque de se voir déchu de sa situation de favori sur un coup de tête de sa bienfaitrice. Dans la plupart des films, les rôles auraient été inversés. Mais la remise en cause du patriarcat a sans doute incité le réalisateur à changer la donne et à inverser les rôles. Avec en filigrane l’impérialisme qu’exercent les États-Unis sur leurs voisins et notamment sur ce Mexique par lequel transitent des migrants parfois originaires de contrées beaucoup plus lointaines. Le film apparaît aussi en cela comme une critique acerbe de la doctrine trumpiste et des ravages dévastateurs qu’elle entraîne. Directeur d’acteurs émérite, Franco retrouve dans ce film l’interprète féminine de son film précédent, Memory (2023), Jessica Chastain qui confirme une fois de plus qu’elle est la meilleure actrice américaine de sa génération, autant par ses choix radicaux que par ses compositions parfois à haut risque.
Jean-Philippe Guerand




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