Peak Everything Film canadien d’Anne Émond (2025), avec Patrick Hivon, Piper Perabo, Connor Jessup, Gilles Renaud, Élizabeth Mageren, Éric K. Boulianne, Gord Rand, Patrick Garrow, Jocelyne Zucco, Michael Mast, Sienna Feghouli, Leona Son, Denis Houle, Jean-Carl Boucher, Benoît Mauffette, Arlen Aguayo-Stewart, Martin Dubreuil… 1h40. Sortie le 21 janvier 2026.
Piper Perabo et Patrick Hivon
Propriétaire de chenil au mitan de la quarantaine et passablement misanthrope, Adam rencontre par le plus grand des hasards Tina, une femme providentielle qui lui laisse entrevoir la possibilité d’une nouvelle vie à deux. Ce résumé qui pourrait être celui d’une comédie sentimentale hollywoodienne ne donne qu’une idée assez vague d’Amour apocalypse dont le titre synthétise par ailleurs les enjeux de façon sibylline, dans la mesure où plane au-dessus de nos deux tourtereaux une menace écologique omniprésente qui risque d’abréger leur idylle. La première partie s’attache à la personnalité d’Adam et à ses relations étranges avec une jeune employée fantasque (l’étonnante Élizabeth Mageren) sur laquelle il n’exerce qu’une autorité illusoire qui est autant celle d’un père de substitution que d’un patron pas vraiment doué pour se faire obéir. La seconde entraîne ce personnage dans un autre monde, en l’occurrence celui de Tina qui vit dans l’état limitrophe du sien. Le scénario joue en effet sur cette spécificité du Canada où se côtoient sans vraiment se mélanger le français et l’anglais, leurs locuteurs étant par ailleurs séparés par bien davantage que ce fossé linguistique. Anne Émond, dont c’est déjà le sixième long métrage, en exploite ici le potentiel avec autant d’humour que de charme. Elle choisit pour cela des protagonistes qui vont devoir sortir symboliquement de leur bulle pour affronter malgré eux toutes les menaces que fait peser le monde dont ils avaient cru pouvoir se tenir à bonne distance jusqu’alors. Il y a quelque chose dans cet aller-retour initiatique entre le Québec et l’Ontario du passage du noir et blanc de la réalité à la couleur du rêve dans Le magicien d’Oz, accommodé à l’éco-anxiété contemporaine.
Patrick Hivon et Piper Perabo
Grand prix du jury du festival du film de Cabourg, Amour apocalypse exprime des angoisses bien actuelles sur l’avenir de notre planète et les multiples menaces qui pourraient entraîner sa destruction à plus ou moins court terme. Anne Émond s’en remet pour cela à deux comédiens aussi différents que leurs personnages, Patrick Hivon et Piper Perabo, et joue en permanence de leurs différences. Elle a été une voix sur la hotline d’un site de vente à distance, lui est un homme angoissé qui croit trouver son salut dans une lampe de luminothérapie. À eux deux, ils synthétisent les névroses et les psychoses des humains du troisième millénaire et l’impuissance de l’individu face à la recrudescence des dangers qui le menacent après avoir porté atteinte à l’intégrité de la nature. Sous les artifices rassurants de la comédie, affleure ici une interrogation fondamentale sur notre capacité à empêcher une catastrophe annoncée qui s’attache à des personnages au tournant de leur vie. La réalisatrice pour qui l’écriture de ce film a agi comme une thérapie revendique par ailleurs la décision de prendre pour héros un mâle, aussi singulier soit-il, comme une revanche dérisoire sur ces innombrables histoires racontées par des cinéastes hommes en adoptant un point de vue féminin. En outre, c’est souvent pour prendre le parti d’en rire, mais toujours avec gentillesse. Qu’importe dès lors qu’Amour apocalypse puisse être considéré comme une prophétie. Ce sont les sentiments de ses personnages qui comptent avant tout. Avec en filigrane les préoccupations existentielles d’Anne Émond pour qui ce film a revêtu la nécessité d’une bouée de sauvetage.
Jean-Philippe Guerand




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