Kuangye shidai Film sino-français de Bi Gan (2025), avec Jackson Yee, Shu Qi, Mark Chao, Li Gengxi, Jue Huang, Chen Yongzhong, Guo Mucheng, Yan Nan, Zhang Zhijian, Chloe Maayan… 2h40. Sortie le 10 décembre 2025.
Il ne sera pas reproché à Bi Gan de pécher par manque d’ambition. Profondément influencé par la pandémie et le confinement qui s’est ensuivi, son troisième long métrage aspire ni plus ni moins qu’à raconter l’histoire du cinéma qui se joue depuis aujourd’hui cent trente ans. Une saga qui a permis à des milliards de spectateurs de partager des émotions, des sensations et des passions à nulles autres pareilles. Pour rendre plus belle la vie et plus riches nos rêves. Resurrection nous entraîne dans un maelström où tout peut arriver. Avec comme centre de gravité le passage à l'an 2000 incarné par un plan séquence prodigieux d’une vingtaine de minutes qui glisse du noir et blanc à la couleur en réinventant une magie qu’aurait apprécié Georges Méliès et qui relève autant de l’art forain que des technologies numériques les plus sophistiquées. Ce film est de ceux qu’on ne peut pas résumer avec les mots habituels. Tout simplement parce qu’il est l’aboutissement d’une réflexion vertigineuse que le réalisateur tente de traduire en images, en sons et en musique. Avec pour guide un jeune homme qui se réincarne à cinq moments différents du XXe siècle, tandis qu’une femme le suit à la trace. Cette histoire façon puzzle débute dans le monde post-apocalyptique de 2068 où une femme rescapée d’une opération du cerveau reprend ses esprits en racontant des histoires à un androïde qui ont pour effet de provoquer progressivement l’éveil et la stimulation de ses sens, mais aussi de véritables sentiments qu’il n’aurait sans doute pas dû pouvoir éprouver.
Shu Qi
Avant de s’orienter définitivement vers le cinéma, Bi Gan a été chauffeur de taxi, dynamiteur de roche et a monté un atelier de vidéos de mariage. Il s’est fait remarquer ensuite avec ses longs métrages Kaili Blues (2015), primé à Locarno et au festival des Trois Continents, puis Un grand voyage vers la nuit (2018). Décrit comme un thriller de science-fiction, mais brassant véritablement de multiples genres, Resurrection lui a valu le prix spécial du jury au dernier Festival de Cannes. C’est un film gigogne à vivre à la fois comme une expérience et un voyage qui confirme que Bi Gan appartient désormais au cercle extrêmement fermé des visionnaires, ces cinéastes qui ne conçoivent leur création que comme l’invention et la transfiguration d’un monde. Des artistes d’exception comme Fellini, Buñuel, Lynch, Carax, Burton, Sorrentino, Lanthimos ou Wes Anderson dont le regard est immédiatement identifiable. Chez eux, l’esthétique fait partie intégrante du sujet qu’ils traitent. Le tour de force de Bi Gan est d’avoir conçu et réalisé son film en Chine, c’est-à-dire à l’intérieur même d’un système répressif qui entend réglementer la pensée et mettre l’art en coupe serrée. Au-delà de son message politique, qui adopte les contours flous de la parabole futuriste en prêtant le flanc à de multiples interprétations, Resurrection pratique la confusion des genres avec une rare virtuosité, tout en puisant au plus profond même de la mythologie du septième art à travers un récit qui virevolte et fascine sans aucune retenue. Pour le plaisir. Tout simplement.
Jean-Philippe Guerand




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