Film américain de Max Walker-Silverman (2025), avec Josh O’Connor, Meghann Fahy, Kali Reis, Lily LaTorre, Amy Madigan, Jefferson Mays, Binky Griptite, Eli Malouff, Zeilyanna Martinez, Taresa Ott Beiriger, Dwight Mondragon, David Bright, Nancy Morlan, Christopher Young… 1h35. Sortie le 17 décembre 2025.
Josh O’Connor
À une ère où le cinéma pratique une surenchère technologique bien souvent au service de scénarios d’une faiblesse abyssale, le deuxième long métrage de Max Walker-Silverman après A Love Song (2022) séduit précisément par son humilité. Il prend pour cadre cette fameuse Amérique déshéritée sur laquelle a prospéré le mouvement Maga, en s’attachant aux rapports d’un père et de sa fille bien décidés à s’en sortir sans céder au chant des sirènes complotistes. Chassés de leurs terres par l’incendie dévastateur qui a détruit leur ranch, ils rejoignent d’autres déshérités au contact desquels ils trouvent de nouvelles raisons d’espérer et surtout la force de reconstruire leur vie en miettes, quitte à renouer pour cela avec la part manquante de leur noyau familial : la mère qui s’en est éloignée. Il émane de Rebuilding un esprit de survie qui évoque autant la littérature inspirée par la Grande Dépression des années 1930 que certains joyaux du cinéma indépendant récent signés Chloé Zhao ou Sean Baker par le regard qu’il porte sur des marginaux et des déchus livrés à eux-mêmes faute d’aides sociales dans un pays fracturé où le chacun pour soi est devenu un leitmotiv désespérant. Il souffle sur ce film profondément ancré dans l’Ouest, le vrai, un vent de colère et de résignation plus propice aux sursauts individuels qu’à une révolte de masse dans un pays qui a toujours combattu le collectivisme sous toutes ses formes, en l’amalgamant à une prétendue excroissance honteuse du communisme, ce drapeau rouge honni autant que redouté par son système.
Josh O’Connor
Rebuilding repose pour une bonne part sur la personnalité atypique de l’acteur Josh O’Connor souvent préposé à des personnages décalés ou égarés, face à un environnement hostile ou à une société cynique. Il incarne ici une sorte de cow-boy solitaire écorché par la vie qui semble s’être trompé d’époque et aspire à des valeurs simples, alors même que le dérèglement climatique engendre des ravages calamiteux. La particularité de ce personnage résolument positif réside dans son mélange salvateur de résilience et de confiance. Face à la catastrophe irrationnelle qui lui a fait tout perdre et à la solidarité de ses compagnons d’infortune, il manifeste une volonté de tout reconstruire (Rebuilding) qui force l’admiration et confère à ce film un charme communicatif. Lui-même originaire du Colorado, Max Walker-Silverman filme un Ouest immuable dont les enjeux ont singulièrement évolué depuis la mythologie westernienne mais qui continue à s’accrocher aux rêves des pionniers. Un rôle qui fait écho dans la carrière de Josh O’Connor au fermier qu’il incarnait dans le Yorkshire inhospitalier de Seule la terre (2017) de Francis Lee. Avec comme fil rouge une volonté à toute épreuve associée à une profonde solitude affective. Cette chronique d’une reconstruction s’avère souvent d’une beauté terrassante par la pureté des sentiments sur lesquels elle s’appuie sans mièvrerie ni mélo.
Jean-Philippe Guerand




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