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“Qui brille au combat” de Joséphine Japy



Film français de Joséphine Japy (2025), avec Mélanie Laurent, Pierre-Yves Cardinal, Sarah Pachoud, Angelina Woreth, Félix Kysyl, Stéphane Varupenne, Anne Loiret, Thomas Gioria, Maxence Tual, Juliette Gasquet, Najim Zeghoudi, Ilinka Lony, Joséphine Japy Serpentine Teyssier… 1h40. Sortie le 31 décembre 2025.



Sarah Pachoud et Mélanie Laurent



Le passage à la réalisation des comédiens s’avère bien souvent révélateur quant à leur nature profonde. Dirigée à 20 ans par Mélanie Laurent dans Respire Joséphine Japy rend aujourd’hui la politesse à son aînée en lui confiant un rôle de mère aux prises avec le désordre mental de sa fille cadette dans un premier film profondément autobiographique qui charme par sa pudeur autant que ses excès. Atteinte d’un handicap pathologiquement indéterminé, Bertille (prénom qui signifie étymologiquement “Qui brille au combat”) vit sous la protection rapprochée de ses parents et d’une sœur aînée qui a mûri prématurément. Prétexte à un portrait de famille d’une rare justesse qui confirme la sensibilité extrême de Joséphine Japy sur un registre particulièrement périlleux. Dans cette famille, les rôles semblent répartis depuis toujours. Tandis que le père continue à exercer un métier qui lui permet d’assurer le train de vie de la tribu, la mère se démène au quotidien pour permettre à sa fille de rester parmi les siens sans avoir à endurer l’épreuve incertaine d’un séjour en institution spécialisée qui non seulement la couperait des siens, mais risquerait de lui donner le sentiment d’être abandonnée et de basculer ainsi dans l’inconnu. Un propos altruiste et généreux qui évite tous les pièges, à commencer par ceux du mélodrame. Passage à l’acte d’une actrice subtile qui se positionne dans l’empathie en exprimant sans complaisance tout ce qu’elle a gardé pour elle depuis la naissance de sa sœur, à commencer par un amour infini et ce sentiment ambigu qui consiste à être depuis toujours le chêne face au roseau. Pour éviter que tout s’effondre.



Sarah Pachoud et Pierre-Yves Cardinal



Tout sonne juste dans ce film qui circonscrit la maladie dans le cercle de l’intime où chacun a aménagé son territoire afin de concilier son espace vital avec un cadre rassurant de nature à assurer la protection de cette fille “à part” dont les troubles ne sont pas nommés précisément, mais dont les crises atteignent parfois des proportions démesurées. Le point de vue du film a ceci d’unique qu’il décrit une cellule familiale repliée sur elle-même qui s’est adaptée à une différence incompatible avec une vie sociale conventionnelle mais transcendée par la politesse du désespoir. La réalisatrice s’en remet pour cela à un casting impeccable d’où émergent aussi l’acteur québécois Pierre-Yves Cardinal découvert dans le rôle-titre de Simple comme Sylvain et l’éblouissante Sarah Pachoud, celle qui brille au combat, dans une composition d’ores et déjà inoubliable. Là où bon nombre de cinéastes auraient choisi pour interpréter ce personnage en proie à des forces qui la dépassent une véritable “malade”, Joséphine Japy qui connaît mieux que personne les stigmates que manifeste sa petite sœur pour avoir grandi à ses côtés a opté pour une comédienne familière des arts vivants et de la sphère circassienne, donc rompue aux défis physiques les plus extrêmes. En consacrant sa première réalisation à son jardin secret, elle démontre une énergie stupéfiante et réussit à nous bouleverser par son refus des artifices. Qui brille au combat clôt en beauté une année 2025 faste en grands sentiments.

Jean-Philippe Guerand






Sarah Pachoud, Angelina Woreth,
Mélanie Laurent et Pierre-Yves Cardinal

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