Film franco-belge de Nicolas Keitel (2025), avec Diane Rouxel, Cécile de France, Salomé Dewaels, Lina El Arabi, Paul Hamy, Noémie Lemaître Ekeloo, Emma Danze, Myriem Akheddiou, Kynan Carmeci, Mathilde Goffart, Michaël Erpelding, Christine Van Lierde, Nathalie Richard… 1h48. Sortie le 10 décembre 2025.
Chaque année, se produisent des disparitions inexpliquées qui resteront parfois à jamais irrésolues. Un jour, Marion a fugué, lassant dans le plus grand désarroi sa mère et sa sœur cadette. Quinze ans plus tard, les deux femmes croisent la route d’une certaine Louise qui commence à s’attacher à elles… D’un sujet de société assez banal mais propice à toutes les supputations, Nicolas Keitel tire une étude de mœurs à haute tension qui accorde la part belle à ses trois protagonistes. Il choisit par ailleurs de placer le spectateur dans la position la plus inconfortable qui puisse être. Une fois n’est pas coutume dans un scénario, il adopte le point de vue de Louise et possède donc une longueur d’avance sur la famille qu’elle a abandonnée, qui plus est en ayant été officiellement portée disparue dans un incendie. Toute l’habileté du metteur en scène consiste dès lors à bâtir son film autour d’une révélation qui ne doit passer par le langage, sous peine de verser dans les pires travers du mélodrame. Il s’en sort magistralement en recourant à une autre forme de mémoire, plus animale, plus instinctive. En filigrane, la disparition ne constitue en fait qu’un prétexte à un propos plus universel : la dénonciation des violences faites aux femmes et le traumatisme durable qu’elles peuvent impliquer pour les enfants qui en sont trop souvent les témoins.
Salomé Dewaels, Cécile de France et Diane Rouxel
C’est au plus profond de ses souvenirs personnels que Nicolas Keitel est allé puiser le sujet de son premier long métrage. Un thriller à tiroirs qui entremêle plusieurs thématiques pour se résoudre au cours d’une scène inoubliable dont l’intensité a valu au film de se voir décerner le Prix Lucien Barrière 2025. D’un sujet qui aurait pu donner lieu à un téléfilm édifiant, le réalisateur, qui a déjà traité de l’importance du regard dans son court métrage Le bon copain (2018), tire une chronique au féminin pluriel transcendée par les contrastes saisissants de ses trois actrices principales. Face au mystère impénétrable de Diane Rouxel dans le rôle de Louise, Salomé Dewaels excelle sur un registre nettement plus immédiat, là où Cécile de France confirme quant à elle son attirance pour les personnages de mères fusionnelles après Par amour d’Élise Otzenberger. De l’alchimie de ce trio de natures si dissemblables, Nicolas Keitel tire un parti très convaincant, tout en évitant les pièges inhérents à son sujet. Au suspense proprement dit, il préfère la finesse des relations psychologiques qui s’établissent, sans nécessairement chercher à justifier les moindres réactions de ses protagonistes. C’est à ce genre de détails, et notamment au bon usage des ellipses et des non-dits, qu’on reconnaît bien souvent les cinéastes en pleine possession de leur maturité. Nul doute qu’on suivra avec une attention particulière l’évolution de la carrière de ce cinéaste si attentif à la subtilité. Louise nous y incite au plus haut point, autant par sa profondeur que par sa délicatesse de chaque instant, toujours à la limite de la surcharge lacrymale.
Jean-Philippe Guerand




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