Film français de Louise Hémon (2025), avec Galatea Bellugi, Matthieu Lucci, Samuel Kircher, Sharif Andoura, Oscar Pons, Amid Bouselahane, Marisa Ronchail, Annie Souche, André Borel, Léna Camillieri Dorléans… 1h37. Sortie le 24 décembre 2025.
Galatea Bellugi, au centre
Dans un hameau des Hautes-Alpes régulièrement coupé du monde par la neige, à l’orée du XXe siècle, une jeune institutrice est chargée de prodiguer son enseignement selon le principe républicain de l’école libre et obligatoire. Mais autant les enfants se montrent réceptifs, autant les aînés s’arc-boutent sur leurs positions défavorables sinon hostiles, allant même jusqu’à s’accrocher à leur dialecte régional plutôt qu’à l’usage de la langue française. On retrouve là un sujet déjà abordé sur un tout autre registre par Éric Besnard dans Louise Violet. Louise Hémon insiste quant à elle sur ce que représentait le simple fait d’être une jeune femme venue de la ville dans un contexte plutôt hostile où les fameux hussards de la république n’étaient pas vraiment les bienvenus quand ils détournaient une partie des forces vives de la communauté des travaux des champs où chaque paire de bras comptait. À ce thème sociologique, la réalisatrice en ajoute un autre en exploitant son cadre géographique, cette communauté perdue s’avérant d’autant plus vulnérable qu’elle reste à la merci des impondérables et plus particulièrement des avalanches qui peuvent survenir à tout moment sans que les montagnards soient en mesure de s’en protéger ou même de porter secours aux victimes qui ont eu la malchance de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment.
Galatea Bellugi et Marisa Ronchail
Couronné du prix Jean Vigo, L’engloutie débute en 1899 dans un village de très haute montagne soumis à des conditions climatiques rigoureuses où l’hiver semble constituer la saison unique et où tout nouveau venu paraît voué à rester un intrus jusqu’à sa mort… ou à son départ. Le tout dans un cadre propice au fantastique et à l’irrationnel où le patois fait bon ménage avec des croyances ancestrales tenaces. C’est dans ce contexte que Louise Hémon s’attache à une guerrière du quotidien qui s’acharne à fournir des réponses à des questions que personne ne semble vraiment se poser. Une jeune femme en mode survie dans un milieu hostile où les sexes semblent évoluer dans des univers séparés, où les aînés maugréent leur rancœur en patois et où les mâles semblent peu au fait des stratégies de séduction à déployer pour charmer une jeune femme en qui ils voient une proie facile, mais dont la sophistication (relative) les déroute. Louise Hémon ne se montre jamais dupe de son sujet. Elle s’offre même une jolie scène où la maîtresse d’école et ses élèves évoquent leurs espoirs à l’aube d’un nouveau siècle plein de promesses dont le cinéma n’est pas la moindre. Il émane de ce film rugueux et même parfois austère une vitalité authentique que vient assombrir une peur panique du progrès parfois associée au savoir, cette clé vers l’ascension sociale. Il reste maintenant à sa réalisatrice à déployer ses ailes et à davantage s’affranchir des conventions pour montrer de quoi elle est vraiment capable.
Jean-Philippe Guerand




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