Film français d’Anton Balekdjian, Léo Couture et Mattéo Eustachon (2025), avec Baptiste Perusat, Béatrice Dalle, Djanis Bouzyani, Thomas Daloz, Monique Crespin, Suzanne de Baecque, Ira Verbitskaya… 1h50. Sortie le 31 décembre 2025.
Baptiste Perusat
Il se passe toujours quelque chose dans les marges du cinéma français. Des francs-tireurs émergent qui mettent quelque fois des années à se faire remarquer du public. Il en fut ainsi d’Alain Guiraudie dont le grand Jean-Luc Godard chanta pourtant les louanges parmi les premiers. Il pourrait en être aujourd’hui du trio formé par Anton Balekdjian, Léo Couture et Mattéo Eustachon qui s’attache avec Laurent dans le vent au quotidien d’une sorte d’esprit libre et le regarde vagabonder dans les alpages. Un garçon dépourvu d’attaches et déconstruit malgré lui qui ne se soucie aucunement du sexe des gens avec lesquels il partage certaines de ses nuits. Alors quand il échoue dans une station de sports d’hiver en basse saison, sans travail ni logement, il se trouve confronté de plein fouet aux contradictions qui constituent son mode de vie assumé. Ce jeune homme incarné par Baptiste Perusat possède un évident air de famille avec l’anti-héros de Miséricorde que campait Félix Kysyl avec une feinte indifférence. Tout semble glisser sur lui comme sur les plumes d’un cygne. Au point que le moindre de ses gestes paraît imprévisible et que son entourage semble parfois succomber à son emprise dénuée de pression, sans qu’il ait jamais besoin d’abuser de la moindre autorité à son encontre. C’est bien simple, si Laurent n’arborait pas les signes extérieurs de la marginalité, sans doute serait-il un saint au charisme inexplicable, ou pour les cinéphiles un lointain héritier de certains personnages mis en scène par Pier Paolo Pasolini dont la simple présence agit sur ses interlocuteurs.
Baptiste Perusat et Monique Crespin
Laurent dans le vent constitue un spécimen réussi de ce cinéma d’auteur aujourd’hui en voie d’extinction que le trio de réalisateurs avait abordé avec son premier long métrage, Mourir à Ibiza (Un film en trois étés) (2022). On y décèle une volonté affirmée d’observer une frange de la société qui se positionne à l’écart des règles établies. Un monde à part où celui qui se prend pour un chevalier du Moyen-Âge attire moins les quolibets qu’une sorte de respect et où l’amour n’a jamais rien de définitif pour ceux qui cèdent à leurs pulsions. Laurent est un électron libre en suspension dans un univers d’où les normes semblent bannies pour la simple raison qu’il ne s’en tient qu’aux siennes. Un jeune homme d’aujourd’hui qui semble constamment égaré, faute d’arriver à trouver sa juste place dans un monde régi par le chacun pour soi. Sur le plan dramatique, sa présence fonctionne comme un révélateur vis-à-vis de ses interlocuteurs de rencontre chez qui il suscite des confessions spontanées. Derrière ses déambulations qui donnent parfois l’impression de favoriser l’improvisation, affleure une comédie de mœurs d’une irrésistible authenticité et quelques lambeaux de vie formidables qui témoignent d’une grande maîtrise dans la direction d’acteurs et donnent envie de découvrir le prochain film de ces trois pince-sans-rire en prise avec leur époque.
Jean-Philippe Guerand




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