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“L’agent secret” de Kleber Mendonça Filho



O Agente Secreto Film brasilo-franco-hollando-allemand de Kleber Mendonça Filho (2025), avec Wagner Moura, Gabriel Leone, Maria Fernanda Cândido, Alice Carvalho, Thomas Aquino, Carlos Francisco, Udo Kier, Hermila Guedes, Rubens S. Santos, Roney Villela, Robério Diógenes, Laura Lufési, Isabél Zusa, Italo Martins, Jamila Facury, Albert Tenório, Buda Lira, Edilson Silva, Erivaldo Oliveira, Fabiana Pirro… 2h40. Sortie le 17 décembre 2025.



Wagner Moura



Le cinéma brésilien connaît décidément ces-temps-ci un regain d’inspiration salutaire en se retournant vers les années noires qu’a traversé il y a un demi-siècle le plus grand pays d’Amérique latine. Un an après Je suis toujours là de Walter Salles, couronné de l’Oscar du meilleur film international, c’est au tour de l’auteur d’Aquarius de suivre le même itinéraire en évoquant la dictature des années 70 à travers une chasse à l’homme étourdissante qui a valu un prix d’interprétation masculine justifié au charismatique Wagner Moura lors du dernier Festival de Cannes où ce thriller a aussi été couronné d’un prix de la mise en scène mérité. Une course poursuite située à Recife en plein carnaval au cours de laquelle un quadragénaire soucieux de recoller les morceaux épars de sa vie en renouant avec sa famille et en rattrapant le temps perdu loin de son petit garçon se trouve confronté à un passé dont il se croyait débarrassé, tandis que des tueurs tentent de l’éliminer sans se soucier des bavures ni des victimes collatérales. Malgré ce que son titre pourrait laisser supposer, L’agent secret n’est pas un polar habituel, mais plutôt une sorte de jeu de piste filandreux au cœur même d’une société dans laquelle le danger se tapit à chaque coin de rue et où n’importe quel citoyen devient un suspect en puissance dans un climat de paranoïa aiguë.



Wagner Moura



En cinéphile averti, Kleber Mendonça Filho soigne les apparences et se démarque avec élégance des thrillers anglo-saxons par sa façon d’exploiter le paysage urbain comme théâtre des opérations. Son organisation de l’espace rigoureuse s’impose comme un modèle du genre par son refus des morceaux de bravoure tape-à-l’œil. Sa reconstitution bluffante jusqu’au moindre détail, sa photo aux teintes délavées et au grain vintage, comme son rythme haletant, érigent d’ores et déjà ce film d’une rare virtuosité au rang de grand favori des prochains Oscars, ce qui constituerait alors un doublé mérité et historique pour un cinéma brésilien où les jeunes talents peinent encore à émerger sur le plan international. L’agent secret renouvelle un genre dont on croyait tout savoir en brouillant ses codes les plus établis, à commencer par la personnalité énigmatique de son personnage principal, sur le mode de ce que le réalisateur lui-même qualifie de “théâtre de l’absurde”. Avec cette nuance qu’il a choisi de reconstituer le Brésil de 1977 à travers les innombrables films qu’il a découverts à cette époque de son enfance et qu’il a déjà évoqués dans son documentaire Portraits fantômes. Avec une coquetterie de cinéphile : l’usage d’un objectif anamorphique Panavision qui renvoie à l’esthétique du Nouvel Hollywood et notamment de certains thrillers eux-mêmes référentiels de Robert Altman et Brian de Palma. C’est l’un des ingrédients de ce film ludique à savourer comme une friandise.

Jean-Philippe Guerand








Wagner Moura

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