Accéder au contenu principal

“Lady Nazca” de Damien Dorsaz



Film franco-allemand de Damien Dorsaz (2025), avec Devrim Lingnau, Guillaume Gallienne, Oliva Ross, Amaranta Kun, Jorge Pomacanchari, Marina Pumachapi, Javier Valdez, François Vallaeys, Victor Prada, Beto Benites, Alberick García Cerna, Catalina Silvestre Ore, Alma Diego… 1h39. Sortie le 10 décembre 2025.



Devrim Lingnau, au centre



Malgré ses cent trente ans d’âge, le cinéma a encore d’innombrables histoires merveilleuses à raconter. Celle de Lady Nazca a bien failli être oubliée, ce qui aurait été vraiment dommage. Tout commence en 1936 au Pérou, lorsqu’une jeune enseignante allemande de mathématiques rencontre un archéologue français qui l’initie à sa passion et l’emmène dans le désert. Là, cette femme éprise d’horizons lointains repère d’étranges signes cabalistiques représentant un bestiaire qu’elle va contribuer à faire émerger du sable sous lequel ils semblent enfouis depuis des millénaires. Des sortes de traînées qui ne semblent être le fruit ni de la nature ni du hasard, tant leur immensité répond à des règles géométriques précises dont elle finira par établir qu’il s’agit d’un calendrier d’une incroyable précision. Le problème réside dans le fait qu’avoir un aperçu satisfaisant de es lignes nécessite de pouvoir les contempler de très loin et surtout à une hauteur suffisante pour en mesurer l’ordonnancement réel. C’est la tâche à laquelle va se consacrer cette pionnière oubliée, Maria Reiche, au moment même où, à l’autre bout du monde, son pays natal livre une guerre impitoyable aux démocraties. Le réalisateur suisse Damien Dorsaz a commencé par consacrer à ce destin méconnu un documentaire en 2007, avant de relater aujourd’hui cette incroyable épopée dans Lady Nazca, en exhumant une figure du féminisme qui assumait par ailleurs son homosexualité.



Guillaume Gallienne et Devrim Lingnau



Le destin de Maria Reiche est comme celui de l’exploratrice Alexandra David-Néel celui d’une pionnière qui est allée au bout de ses rêves à une époque où ce droit demeurait encore l’apanage des hommes. Pour incarner cette forte personnalité, subtil mélange de ténacité et de modernité, Damien Dorsaz a fait appel à une interprète remarquée essentiellement jusqu’alors pour un rôle ô combien emblématique Outre-Rhin, celui d’Elisabeth d’Autriche dite Sissi dans la série Netflix “L’impératrice” (2022) : Devrim Lingnau. Elle habite littéralement son personnage guidé par une obsession existentielle qui irrigue sa ligne de vie de ces traces qu’elle rend visibles aux yeux de tous et consacrera son existence à étudier et à protéger dans ce qui deviendra grâce à elle une zone archéologique protégée. Jusqu’à obtenir quatre ans avant sa mort que ces figures monumentales soient inscrites au patrimoine mondial de l’humanité et témoignent ainsi des efforts qu’elle leur a consacrés. Cette histoire magnifique, Damien Dorsaz et ses coscénaristes, Fadette Drouard, Franck Ferreira Fernandes, Raphaëlle Desplechin et Aude Py, la racontent avec un lyrisme dépourvu d’affectation qui naît d’une communion artistique exceptionnelle où la lumière ciselée par le chef opérateur Gilles Porte constitue le pendant de la partition musicale composée par Nascuy Linares, dans un élan collectif au service d’une noble cause. En ces périodes de frimas hivernaux, ce film réchauffe le cœur comme les sens par les valeurs nobles qu’il exalte.

Jean-Philippe Guerand




Devrim Lingnau

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le paradis des rêves brisés

La confession qui suit est bouleversante… © A Medvedkine Elle est le fait d’une jeune fille de 22 ans, Anna Bosc-Molinaro, qui a travaillé pendant cinq années à différents postes d’accueil à la Cinémathèque Française dont elle était par ailleurs une abonnée assidue. Au-delà de ce lieu mythique de la cinéphilie qui confie certaines tâches à une entreprise de sous-traitance aux méthodes pour le moins discutables, CityOne (http://www.cityone.fr/) -dont une responsable non identifiée s’auto-qualifie fièrement de “petit Mussolini”-, sans nécessairement connaître les dessous répugnants de ses “contrats ponctuels”, cette étudiante éprise de cinéma et idéaliste s’est retrouvée au cœur d’un mauvais film des frères Dardenne, victime de l'horreur économique dans toute sa monstruosité : harcèlement, contrats précaires, horaires variables, intimidation, etc. Ce n’est pas un hasard si sa vidéo est signée Medvedkine, clin d’œil pertinent aux fameux groupes qui signèrent dans la mouva...

Berlinale Jour 2 - Mardi 2 mars 2021

Mr Bachmann and His Class (Herr Bachmann und seine Klasse) de Maria Speth (Compétition) Documentaire. 3h37 Dieter Bachmann est enseignant à l’école polyvalente Georg-Büchner de Stadtallendorf, dans le Nord de la province de Hesse. Au premier abord, il ressemble à un rocker sur le retour et mêle d’ailleurs à ses cours la pratique des instruments de musique qui l’entourent. Ses élèves sont pour l’essentiel des enfants de la classe moyenne en majorité issus de l’immigration. Une particularité qu’il prend constamment en compte pour les aider à s’intégrer dans cette Allemagne devenue une tour de Babel, sans perdre pour autant de vue leurs racines. La pédagogie exceptionnelle de ce professeur repose sur son absence totale de préjugés et sa foi en une jeunesse dont il apprécie et célèbre la diversité. Le documentaire fleuve que lui a consacré la réalisatrice allemande Maria Speth se déroule le temps d’une année scolaire au cours de laquelle le prof et ses élèves vont apprendre à se connaître...

Bud Spencer (1929-2016) : Le colosse à la barbe fleurie

Bud Spencer © DR     De Dieu pardonne… Moi pas ! (1967) à Petit papa baston (1994), Bud Spencer a tenu auprès de Terence Hill le rôle de complice qu’Oliver Hardy jouait aux côtés de Stan Laurel. À 75 ans et après plus de cent films, l’ex-champion de natation Carlo Pedersoli, colosse bedonnant et affable, était la surprenante révélation d’ En chantant derrière les paravents  (2003) d’Ermanno Olmi, Palme d’or à Cannes pour L’arbre aux sabots . Une expérience faste pour un tournant inattendu au sein d’une carrière jusqu’alors tournée massivement vers la comédie et l’action d’où émergent des films comme On l’appelle Trinita (1970), Deux super-flics (1977), Pair et impair (1978), Salut l’ami, adieu le trésor (1981) et les aventures télévisées d’ Extralarge (1991-1993). Entrevue avec un phénomène du box-office.   Rencontre « Ermanno Olmi a insisté pour que je garde mon pseudonyme, car il évoque pour lui la puissance, la lutte et la viol...