Film français d’Amine Adjina (2025), avec Younès Boucif, Clara Bretheau, Hiam Abbass, Gustave Kervern, Birane Ba, Malika Zerrouki, Laurent Stocker, Agathe Dronne, Inès Boukhelifa, Horya Benabet, Kenza Lagnaoui, Lou-Adriana Bouziouane, Nina Zem… 1h44. Sortie le 10 décembre 2025.
Younès Boucif et Gustave Kervern
La gastronomie est décidément plus que tous les autres l’art de la convivialité et de l’intégration. Il y a tout juste neuf mois à peine, Dans la cuisine des Nguyen de Stéphane Ly-Cuong exaltait les efforts d’une fille de restaurateurs vietnamiens pour devenir vedette de comédie musicale au grand dam de sa famille. Dans La petite cuisine de Mehdi, c’est un jeune homme d’origine algérienne plutôt discret qui poursuit son rêve sans toutefois réussir à assumer tout à fait sa double culture. Alors, quand sa petite amie avec laquelle il s’apprête à transformer en restaurant gastronomique un bistrot dans lequel il officie en tant que cusinier s’inquiète de ne jamais avoir été présentée à sa mère, il entreprend de recruter une femme extravagante pour tenir ce rôle de composition. Quitte à provoquer une sorte de séisme familial et le jeu de la vérité qui s’ensuit. Pour son premier film, Amine Adjina a choisi un sujet universel, l’intégration, qu’il traite avec autant d’humour que de tendresse. La cuisine est devenue un décor à part entière du cinéma français contemporain, à la fois parce qu’on sait depuis Jean Renoir la place prépondérante qu’occupent les repas au sein de la tradition française, mais aussi parce que c’est l’un des lieux privilégiés qu’intègrent les sans-papiers originaires du monde entier en quête d’un emploi susceptible de les mener vers la naturalisation à laquelle ils aspirent pour devenir des citoyens français à part entière. Le film évolue toutefois sur un registre qui est moins celui de la comédie sociale que de l’étude de caractères, à travers plusieurs des questions qui fracturent parfois notre unité en donnant du grain à moudre au populisme le plus primaire.
Clara Bretheau et Younès Boucif
Amine Adjina réussit la prouesse d’aborder des thèmes universels, tout en nourrissant son film de nombreux éléments autobiographiques. Avec comme fil rouge la question fondamentale de l’identité qui passe ici par une réticence de Mehdi à assumer ses origines. Alors même que sa mère (Malika Zerrouki) se caractérise par une discrétion qui se situe pourtant à l’opposé des stéréotypes souvent en usage dans la représentation des matrones méditerranéennes à l’écran, il choisit pour la remplacer son exact opposé. Comme pour illustrer une sorte de folklore pittoresque. Avec dans le rôle de cette mère de substitution l’irrésistible Hiam Abbass à laquelle on ne propose décidément pas assez de rôles dans des comédies. Le moins qu’on puisse dire est qu’elle ne boude pas son plaisir et que celui-ci s’avère en l’occurrence particulièrement contagieux grâce à sa générosité sans limites. Le film brille en outre par la richesse de sa distribution qui mêle des personnalités aussi confirmées que Gustave Kervern ou Laurent Stocker à ces talents en devenir que sont Younès Boucif, Clara Bretheau, Birane Ba et Agathe Dronne. Il émane de ce film réjouissant une bonne humeur communicative qui augure d’une carrière prometteuse pour son réalisateur si talentueux à brasser les sentiments les plus universels et à nous les offrir en partage.
Jean-Philippe Guerand




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