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“La dernière valse” d’Anselm Chan



Po dei juk Film hong-kongais d’Anselm Chan (2024), avec Dayo Wong Chi-wah, Michael Hui, Michelle Wai, Paul Chun, Catherine Chau, Pak Hon Chu, Elaine Jin, Vincent Kok, Rachel Leung, Michael Ning… 2h20. Sortie le 31 décembre 2025.



Michael Hui et Dayo Wong Chi-wah



Un organisateur de mariages aux abois se retrouve confronté à une entreprise de pompes funèbres dont les rituels codifiés requièrent autant d’efforts que d’imagination. Alors il décide d’innover en proposant des obsèques customisées qui prennent en compte la personnalité des défunts et la volonté de leurs familles. Cet entrepreneur prêt à tout pour révolutionner le petit monde de la mort et échapper ainsi à une faillite annoncée a pourtant fort à faire pour convaincre du bien-fondé de ses méthodes parfois peu orthodoxes un représentant de la tradition taoïste que personnifie un prêtre solidement accroché aux traditions et en conséquence assez peu enclin à accepter des changements de nature à remettre en cause une étape capitale de l’existence en s’adaptant aux contingences de la vie moderne. Un sujet délicat qui ne prête ni à rire ni à sourire, mais soulève des questions rien moins qu’existentielles avec une insouciance qui n’est jamais irrévérencieuse. La perception qu’on a de ce film varie selon le point de vue qu’on adopte. Nous autres Occidentaux sommes sans doute trop peu au fait des rituels en usage en Asie pour saisir les moindres subtilités de ce tableau de mœurs qui pratique une sorte d’humour à froid moins éloigné qu’on ne pourrait le croire du fameux understatement britannique.



Michelle Wai



La dernière valse traite un sujet ô combien universel sans prendre le parti d’en rire ni d’en pleurer. Le réalisateur Anselm Chan se contente de coller à l’air du temps en montrant combien le rapport des vivants et des morts a changé au fil du temps, sans que les cérémonies mortuaires ne prennent toujours en compte cette évolution. Le film lui-même adapte sa forme à son propos, dans un grand écart plutôt audacieux entre drame psychologique, étude de caractères, comédie de mœurs et même Feel Good Movie. Avec en son cœur cet affrontement entre les anciens et les modernes qu’incarnent ses deux personnages masculins principaux. L’habileté du scénario réside dans son inventivité. Bien que les clients se succèdent dans l’officine de pompes funèbres, l’intrigue prend soin de s’adapter aux circonstances en évitant à la fois la répétition et la routine propres à ce genre de célébration. Le cadre de Hong Kong s’y prête d’ailleurs particulièrement bien par sa situation stratégique où les rites chinois séculaires se trouvent confrontés au pragmatisme du troisième millénaire hérité de son expérience de territoire britannique. Dès lors, ce film couronné de plus d’une trentaine de prix déborde largement de son cadre narratif pour devenir le portrait passionnant d’une communauté en mouvement. Avec en son cœur deux acteurs remarquables d’intensité et de délicatesse : l’expérimenté Dayo Wong Chi-wah et le vétéran Michael Hui, couronnés l’un et l’autre pour ces compositions. Avec en filigrane une réflexion intéressante sur notre rapport matérialiste au comble d’irrationnel empreint de mysticisme que constitue la mort.

Jean-Philippe Guerand





Dayo Wong Chi-wah et Michael Hui

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