Accéder au contenu principal

“Bob l’éponge - Le film : un pour tous, tous pirates !” de Derek Drymon



The SpongeBob Movie : Search for SquarePants Film d’animation américain de Derek Drymon (2025), avec (voix) Tom Kenny / Sébastien Desjours, Bill Faberbakke / Boris Rehlinger, Mark Hamill / Éric Antoine, Regina Hall / Natoo, Clancy Brown, Rodger Bumpass, Carolyn Lawrence… 1h28. Sortie le 24 décembre 2025.





Imaginé par un professeur de biologie marine recyclé dans l’animation, Bob l’éponge fait partie de ces personnages qui ont réussi à déborder du strict cadre des programmes enfantins pour accéder au statut envié de star tout-terrain grâce à des aventures diffusées dans plus de deux cents pays. Au point de fédérer peu à peu un public alternatif grâce à son humour au second degré. L’éponge carré et ses fidèles compères composent en effet un microcosme invertébré et aquatique qui offre un reflet assez savoureux de nos travers petits et grands. Sur le plan graphique, la série télévisée originelle a innové en confrontant ses personnages d’animation à des humains en images réelles, dans un esprit de loufoquerie qui va de pair avec des intrigues au délire exponentiel. La saga a déjà tenté trois fois sa chance sur grand écran avec Bob l’éponge, le film (2004), Bob l’éponge, le film : Un héros sort de l’eau (2015) et Bob l’éponge, le film : Éponge en eaux troubles (2020). Ce nouvel opus s’inscrit dans le même esprit et s’attache aux efforts démesurés que déploie notre héros pour réaliser son rêve ultime : accéder au statut de pirate redouté et respecté. Mais cette intrigue n’est évidemment qu’un simple prétexte. L’essentiel est ailleurs : dans la personnification des résidents de Bikini Bottom, qu’il s’agisse de Patrick l’étoile de mer en slip hawaïen ou du ronchon Eugène Krabs, patron du Crabe croustillant toujours prêt à briser l’ambiance. Avec cette fois pour invité-surprise le fameux Hollandais Volant, capitaine d’un vaisseau fantôme mythique immortalisé par Richard Wagner, qui s’exprime par la voix de Mark Hamill en version originale et celle d’Éric Antoine en français.





Bob l’éponge - Le film : un pour tous, tous pirates ! a la particularité de se savourer à deux vitesses. D’un côté, c’est un spectacle pour enfants qui pratique le mélange des genres : animation, humour, aventure. De l’autre, un plaisir pour initiés qu’on peut raisonnablement interpréter comme un tableau de mœurs de l’Amérique profonde et de ces ploucs bercés par des rêves dérisoires. Ce quatrième film repose comme les précédents davantage sur une succession de sketches inégaux mais souvent désopilants que sur une histoire véritablement cohérente. On n’en demande d’ailleurs pas tant. Cet humour potache fonctionne là encore sur la cohabitation des blagues destinées au public enfantin et d’allusions parfois salaces en direction des adultes. Encore faut-il avoir l’esprit suffisamment mal tourné pour apprécier à leur juste valeur ces Private Jokes pour Happy Few, de préférence en version originale pour en goûter les moindres nuances. Le film est en outre réalisé par un fin connaisseur de la série, Derek Drymon, qui fut le directeur artistique de ses trois premières saisons et en maîtrise tous les codes. Avec toujours cette folie qui souffle sur ce petit monde à part et semble en constituer plus que jamais la raison d’être et le fondement. On peut toutefois aussi se montrer allergique à cet esprit régressif et iconoclaste qui exige une bonne dose d’innocence ou de second degré de la part de ses spectateurs.

Jean-Philippe Guerand





Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le paradis des rêves brisés

La confession qui suit est bouleversante… © A Medvedkine Elle est le fait d’une jeune fille de 22 ans, Anna Bosc-Molinaro, qui a travaillé pendant cinq années à différents postes d’accueil à la Cinémathèque Française dont elle était par ailleurs une abonnée assidue. Au-delà de ce lieu mythique de la cinéphilie qui confie certaines tâches à une entreprise de sous-traitance aux méthodes pour le moins discutables, CityOne (http://www.cityone.fr/) -dont une responsable non identifiée s’auto-qualifie fièrement de “petit Mussolini”-, sans nécessairement connaître les dessous répugnants de ses “contrats ponctuels”, cette étudiante éprise de cinéma et idéaliste s’est retrouvée au cœur d’un mauvais film des frères Dardenne, victime de l'horreur économique dans toute sa monstruosité : harcèlement, contrats précaires, horaires variables, intimidation, etc. Ce n’est pas un hasard si sa vidéo est signée Medvedkine, clin d’œil pertinent aux fameux groupes qui signèrent dans la mouva...

Berlinale Jour 2 - Mardi 2 mars 2021

Mr Bachmann and His Class (Herr Bachmann und seine Klasse) de Maria Speth (Compétition) Documentaire. 3h37 Dieter Bachmann est enseignant à l’école polyvalente Georg-Büchner de Stadtallendorf, dans le Nord de la province de Hesse. Au premier abord, il ressemble à un rocker sur le retour et mêle d’ailleurs à ses cours la pratique des instruments de musique qui l’entourent. Ses élèves sont pour l’essentiel des enfants de la classe moyenne en majorité issus de l’immigration. Une particularité qu’il prend constamment en compte pour les aider à s’intégrer dans cette Allemagne devenue une tour de Babel, sans perdre pour autant de vue leurs racines. La pédagogie exceptionnelle de ce professeur repose sur son absence totale de préjugés et sa foi en une jeunesse dont il apprécie et célèbre la diversité. Le documentaire fleuve que lui a consacré la réalisatrice allemande Maria Speth se déroule le temps d’une année scolaire au cours de laquelle le prof et ses élèves vont apprendre à se connaître...

Bud Spencer (1929-2016) : Le colosse à la barbe fleurie

Bud Spencer © DR     De Dieu pardonne… Moi pas ! (1967) à Petit papa baston (1994), Bud Spencer a tenu auprès de Terence Hill le rôle de complice qu’Oliver Hardy jouait aux côtés de Stan Laurel. À 75 ans et après plus de cent films, l’ex-champion de natation Carlo Pedersoli, colosse bedonnant et affable, était la surprenante révélation d’ En chantant derrière les paravents  (2003) d’Ermanno Olmi, Palme d’or à Cannes pour L’arbre aux sabots . Une expérience faste pour un tournant inattendu au sein d’une carrière jusqu’alors tournée massivement vers la comédie et l’action d’où émergent des films comme On l’appelle Trinita (1970), Deux super-flics (1977), Pair et impair (1978), Salut l’ami, adieu le trésor (1981) et les aventures télévisées d’ Extralarge (1991-1993). Entrevue avec un phénomène du box-office.   Rencontre « Ermanno Olmi a insisté pour que je garde mon pseudonyme, car il évoque pour lui la puissance, la lutte et la viol...