Accéder au contenu principal

“Avatar : De feu et de cendres” de James Cameron



Avatar : Fire and Ash Film américain de James Cameron (2025), avec Sam Worthington, Zoe Saldana, Sigourney Weaver, Stephen Lang, Kate Winslet, Cliff Curtis, Jack Champion, Joel David Moore, Oona Chaplin, Giovanni Ribisi, CCH Pounder, Matt Gerald, Jamie Flatters, Britain Dalton, Trinity Jo-Li Bliss, Bailey Bass, Filip Geljo, Duane Evans Jr., Dileep Rao, Edie Falco, Jemaine Clement, David Thewlis, Wes Studi, Laz Alonso… 3h17. Sortie le 17 décembre 2025.



Kate Winslet



Devenu le roi du monde avec Titanic (1997), le Canadien James Cameron a accéléré avec Avatar (2009) la transition des salles du monde entier vers le numérique, puis confirmé avec Avatar : La voie de l’eau (2022) son statut de pionnier en matière de technologie. Il pousse ici le bouchon encore un peu plus loin avec le troisième volet de cette saga dont la suite (deux autres opus annoncés) dépendra du destin commercial réservé à celui-ci. Avatar : De feu et de cendres développe le concept initial en multipliant les peuplades antagonistes. Écho à peine déformé de notre monde contemporain écartelé entre de multiples menaces de guerres et la prolifération des régimes autoritaires. On sait depuis au moins Terminator (1984) et plus encore Terminator 2 (1991) à quel point James Cameron ressasse une vision désabusée de l’humanité en proie à un progrès qui la dépasse. Et bien que les créatures bleues d’Avatar manifestent l’espoir d’un Eden écologique, les menaces qu’elles endurent esquissent le spectre d’un paradis perdu du fait de barbares à visages humains qui perpétuent les pires démons autodestructeurs. Comme si le futur en proie aux assauts du présent devait affronter son propre passé, avec le risque collatéral d’assister à sa propre régression sous peine d’être annihilé. Un message philosophique qui n’incite pas vraiment à l’optimisme. Mais tel n’est pas vraiment l’état d’esprit de Cameron qui revendique à sa façon le statut de lanceur d’alertes en tablant sur l’audience considérable qu’ont mobilisé ses films en quatre décennies de grandeur et surtout de décadence.





Certes, il émane une certaine impression de déjà vu d’Avatar : De feu et de cendres. Mais c’est précisément le propos de cette saga de dire et de répéter qu’on n’apprend jamais de nos erreurs et que l’histoire de l’humanité n’est qu’un éternel recommencement. Pire, non seulement les menaces pullulent, mais elles adoptent de nouvelles formes inédites. Cameron insiste une fois de plus sur le caractère symbolique de sa prophétie à travers l’irruption des forces du mal dans le jardin d’Eden dont les occupants opposent leur innocence impuissante à une fascination mortifère pour des armes démesurées dont on laissera aux psychanalystes le soin de décrypter la charge symbolique. Les cinéphiles s’adonneront quant à eux à une autre activité ludique : reconnaître les interprètes de renom de certains personnages. Cameron innove également dans ce domaine en confiant à des acteurs célèbres le soin d’incarner des protagonistes avec lesquels ils n’ont bien souvent qu’assez peu de points communs. À l’instar de cette jeune femme enceinte que campe Kate Winslet. Une authentique révolution qui laisse rêveur quant à la fonction de l’acteur et surtout le statut des stars dont la raison d’être repose pour une part essentielle sur le fait d’être reconnaissables en tant que telles. La saga Avatar constitue à ce titre le plus radical des antivirus contre le phénomène du star-système qui constitue l’un des piliers immuables du cinéma depuis ses origines. Dès lors, le propos du film en deviendrait presque négligeable, tant il décline un concept qu’on connaît d’ores et déjà et qui résonne comme une prophétie aux yeux d’un public sensibilisé à l’avenir de notre planète.

Jean-Philippe Guerand





Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le paradis des rêves brisés

La confession qui suit est bouleversante… © A Medvedkine Elle est le fait d’une jeune fille de 22 ans, Anna Bosc-Molinaro, qui a travaillé pendant cinq années à différents postes d’accueil à la Cinémathèque Française dont elle était par ailleurs une abonnée assidue. Au-delà de ce lieu mythique de la cinéphilie qui confie certaines tâches à une entreprise de sous-traitance aux méthodes pour le moins discutables, CityOne (http://www.cityone.fr/) -dont une responsable non identifiée s’auto-qualifie fièrement de “petit Mussolini”-, sans nécessairement connaître les dessous répugnants de ses “contrats ponctuels”, cette étudiante éprise de cinéma et idéaliste s’est retrouvée au cœur d’un mauvais film des frères Dardenne, victime de l'horreur économique dans toute sa monstruosité : harcèlement, contrats précaires, horaires variables, intimidation, etc. Ce n’est pas un hasard si sa vidéo est signée Medvedkine, clin d’œil pertinent aux fameux groupes qui signèrent dans la mouva...

Berlinale Jour 2 - Mardi 2 mars 2021

Mr Bachmann and His Class (Herr Bachmann und seine Klasse) de Maria Speth (Compétition) Documentaire. 3h37 Dieter Bachmann est enseignant à l’école polyvalente Georg-Büchner de Stadtallendorf, dans le Nord de la province de Hesse. Au premier abord, il ressemble à un rocker sur le retour et mêle d’ailleurs à ses cours la pratique des instruments de musique qui l’entourent. Ses élèves sont pour l’essentiel des enfants de la classe moyenne en majorité issus de l’immigration. Une particularité qu’il prend constamment en compte pour les aider à s’intégrer dans cette Allemagne devenue une tour de Babel, sans perdre pour autant de vue leurs racines. La pédagogie exceptionnelle de ce professeur repose sur son absence totale de préjugés et sa foi en une jeunesse dont il apprécie et célèbre la diversité. Le documentaire fleuve que lui a consacré la réalisatrice allemande Maria Speth se déroule le temps d’une année scolaire au cours de laquelle le prof et ses élèves vont apprendre à se connaître...

Bud Spencer (1929-2016) : Le colosse à la barbe fleurie

Bud Spencer © DR     De Dieu pardonne… Moi pas ! (1967) à Petit papa baston (1994), Bud Spencer a tenu auprès de Terence Hill le rôle de complice qu’Oliver Hardy jouait aux côtés de Stan Laurel. À 75 ans et après plus de cent films, l’ex-champion de natation Carlo Pedersoli, colosse bedonnant et affable, était la surprenante révélation d’ En chantant derrière les paravents  (2003) d’Ermanno Olmi, Palme d’or à Cannes pour L’arbre aux sabots . Une expérience faste pour un tournant inattendu au sein d’une carrière jusqu’alors tournée massivement vers la comédie et l’action d’où émergent des films comme On l’appelle Trinita (1970), Deux super-flics (1977), Pair et impair (1978), Salut l’ami, adieu le trésor (1981) et les aventures télévisées d’ Extralarge (1991-1993). Entrevue avec un phénomène du box-office.   Rencontre « Ermanno Olmi a insisté pour que je garde mon pseudonyme, car il évoque pour lui la puissance, la lutte et la viol...