Diaries from Lebanon Documentaire libano-franco-qataro-saoudien de Myriam El Hajj (2024), avec Georges Moufarej, Joumana Haddad, Perla Joe Maalouli… 1h50. Sortie le 15 octobre 2025.
Vu de France, le Liban apparaît à la fois comme le pays du cèdre et un enjeu géo-stratégique majeur. Un paradoxe douloureux qu’accréditent les multiples conflits qui ont brisé cette harmonie et laissé des cicatrices à vif en provoquant un exil massif au fil des guerres. Quitte à engendrer l’une des plus vastes diasporas de la planète en privant le pays d’une partie non négligeable de ses forces vives. Dépossédé de sa souveraineté, le Liban est devenu un champ de bataille pour ses voisins et s’est vu privé de son identité, mais aussi de la douceur de vivre qui le caractérisait. Le documentaire de Myriam El Hajj a le mérite de dresser un état des lieux à travers trois personnalités dont les points communs sont aussi saisissants que les divergences. Une femme d’aujourd’hui en campagne qui entend contribuer à forger l’avenir de son pays, une artiste rebelle et un chien de guerre au passé trouble qui a contribué à son naufrage, mais reste trop vague dans ses propos quant à son rôle exact. Trois voix qui reflètent justement les paradoxes de ce pays, incarnent ses erreurs mais personnifient aussi ses espoirs en un avenir encore incertain. Avec comme point de rupture, mais aussi de ralliement l’explosion qui a dévasté le port de Beyrouth en août 2020, en raison du stockage de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium, et fait plus de deux cents morts et six mille blessés. Un drame spectaculaire qui a agi comme un électrochoc parmi la population.
Perla Joe Maalouli
Journal intime du Liban est le deuxième long métrage de la réalisatrice Myriam El Hajj révélée par un autre documentaire, Trêve (2015). Elle l’a tourné entre 2018 et 2022, c’est-à-dire avant l’intervention israélienne récente destinée à éradiquer le Hezbollah. Affleurent des trois personnages auxquels elle s’attache, tout au moins des deux femmes : la militante candidate à la députation Joumana Haddad et l’artiste engagée Perla Joe Maalouli. Le contraste s’avère d’autant plus saisissant avec l’ancien combattant Georges Moufarej qui évoque par bribes son passé trouble et ses activités sulfureuses, sans toutefois dévoiler tous ses secrets, malgré l’insistance de la réalisatrice. Du coup, ses silences deviennent plus éloquents que ses confessions partielles. On comprend à travers ses personnalités que le climat a changé et que le salut du pays passera par des méthodes plus orthodoxes que celles utilisées dans le passé, avec un nouveau pouvoir dévolu aux femmes. Ce film propose une approche résolument différente de celles que nous proposent les reportages d’actualité et les journaux télévisés. On y saisit mieux les enjeux vitaux de ce pays en péril qui a pour lui une jeunesse bien déterminée à se faire entendre et même à se substituer à l’ingérence des puissances étrangères habituées à considérer le Liban comme leur terrain de jeu, sans jamais prendre en considération son intégrité.
Jean-Philippe Guerand




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