Film franco-belge de Vinciane Millereau (2025), avec Elsa Zylberstein, Didier Bourdon, Mathilde Le Borgne, Maxim Foster, Romain Cottard, Barbara Chanut, Céline Fuhrer, François Perache, Esteban Delsaut, Aurore Clément, Didier Flamand… 1h43. Sortie le 8 octobre 2025.
Elsa Zylberstein, Didier Bourdon et Maxim Foster
Rien de tel qu’un voyage dans le temps pour procéder à un banc d’essai des époques. De H. G. Wells à la trilogie Retour vers le futur, le cinéma en a pris de la graine et a décliné le concept sur tous les modes et dans tous les sens. Quitte à ne plus s’étonner de rien. C’était mieux demain applique cette formule à un couple de petits bourgeois de 1958 qu’un simple court-circuit électroménager va téléporter de la France faussement insouciante des Trente Glorieuses au premier quart du XXIe siècle en proie à une surenchère technologique exponentielle et à des moyens de communication pour le moins envahissants qui vont de pair avec une nouvelle donne sociologique et des progrès qui n’en sont pas nécessairement pour tout le monde. Le scénario écrit par la réalisatrice débutante Vinciane Millereau et Julien Lambroschini, réputé pour sa contribution aux films de Gilles Lellouche et de Mélanie Laurent, est de ceux qui exploitent les moindres ressources de leur postulat de départ. La comédie sied d’autant mieux à un tel sujet qu’elle est servie ici par un couple qui maîtrise toutes les ficelles du genre. Face à Didier Bourdon en Pater Familias macho téléporté dans un monde chamboulé où les ex-ménagères soumises n’ont plus rien à envier à leurs seigneurs et maîtres et ne boudent pas vraiment le plaisir de commander à leur tour. Elsa Zylberstein n’est décidément jamais aussi convaincante que sur le registre d’une loufoquerie qui frise parfois la folie douce. Il faut la voir faisant mine de taper frénétiquement sur un clavier pour mesurer la jubilation qu’a dû constituer le tournage.
Didier Bourdon
C’était mieux demain est une réussite modeste qui fait plaisir à voir. Les comédies françaises dénuées de vulgarité ne sont en effet pas légion. Par ailleurs, le film ne se contente pas d’épuiser son postulat de départ. Il le nourrit en permanence de détails savoureux qui finissent par mettre en miroir les deux époques sans jamais aboutir à l’incontournable litanie à laquelle se réfère le titre : c’était mieux avant. Le film se garde bien de pencher d’un côté ou de l’autre et c’est tout à son honneur. Il se contente de montrer à quel point le progrès a rendu notre société indéchiffrable pour nos aînés, quitte à les laisser au bord de la route au fil d’une succession d’avancées technologiques irréversibles qui n’ont fait que creuser le fossé des générations en un abîme vertigineux. Pas question pour autant d’en tirer la moindre morale. Le film conserve son cap de pure comédie et s’y tient sans jamais bouder son plaisir ni par extension celui des spectateurs. L’une des meilleures scènes est celle au cours de laquelle le père découvre ce qui a bien pu se passer entre 1958 et 2025… dans un manuel scolaire. Savoureux coup d’œil dans le rétroviseur qui fonctionne comme un raccourci saisissant et montre simultanément à quel point l’histoire emprunte parfois des itinéraires bis pour atteindre son objectif. Cette machine à remonter le temps inversée s’avère prodigue en idées judicieuses et même en jolis moments qui contribuent à un plaisir dépourvu de prétention. Quand tout va mal ou presque, cette bonne humeur ambiante fait vraiment du bien.
Jean-Philippe Guerand




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