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“H6, l’hôpital du peuple” de Ye Ye




Documentaire franco-chinois de Ye Ye (2021) 1h57. Sortie le 2 février 2022.





C’est un hôpital qui ressemble à une ville. Un aérogare de la souffrance qui voit passer les gens de la naissance au trépas et a pour vocation de sauver des vies pour flatter les courbes statistiques et le renom de l’établissement. Précision préliminaire : H6 a été tourné avant la pandémie de Covid-19 à Shanghai. Et si l’on y croise des gens masqués, c’est parce que c’est parfois l’usage dans les pays asiatiques, souvent pour des raisons liées à la pollution de l’air qui atteint des sommets en Chine. Ne pas y voir toutefois la chronique sulfureuse d’un pays malade, mais plutôt la description d’un état qui soigne en associant les pratiques ancestrales les plus primaires avec des techniques à la pointe de la modernité. Naturalisée française, Ye Ye observe ce monde avec le regard d’une étrangère croisé avec la connivence d’une autochtone. Son portrait de groupe avec drames s’appuie sur des individualités marquantes. À l’instar de ce docteur Knock à lunettes qui utilise des méthodes thérapeutiques expéditives pour établir un diagnostic et croit davantage en la manipulation des membres sans anesthésie qu’aux ressources plus indolores de la médecine moderne, sans que personne fasse vraiment mine de s’en émouvoir, qu’il s’agisse de ses confrères ou de ses patients parfois soumis à rude épreuve. Et s’il déclenche l’hilarité, c’est un rire d’inquiétude qui domine.





Présenté en sélection officielle au dernier festival de Cannes, H6 est un documentaire pourvu d’une âme et même d’une conscience qui évoque les regards de deux maîtres du genre : Frederick Wiseman et Raymond Depardon, des réalisateurs pétris d’empathie qui savent observer sans diriger notre regard, mais affirment un véritable point de vue. L’hôpital populaire que filme Ye Ye est une sorte de microcosme de la Chine, vue ici à travers les destins croisés de cinq familles confrontées à la maladie ou l’accident de l’un des leurs, avec tout ce que cela suppose pour l’individu comme pour le groupe. La vérité du film naît du dispositif adopté par la réalisatrice qui s’est fondue littéralement dans le décor, à la fois pour se faire la plus discrète possible et laisser ses protagonistes se comporter naturellement. Quitte à nous donner parfois l’impression qu’elle a coordonné cette dramaturgie à l’aide d’un scénario, ce qui n’est évidemment pas du tout le cas. Il émane de ce film une vérité universelle qui prend aujourd’hui une signification encore plus particulière, tant le monde de la santé a envahi nos vies.

Jean-Philippe Guerand








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