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“Wild Horse Nine” de Martin McDonagh



Film britanno-américano-chilien de Martin McDonagh (2026), avec John Malkovich, Sam Rockwell, Steve Buscemi, Parker Posey, Tom Waits, Mariana di Girólamo, Ailin Salas, Paola Giannini, Samuel Wayt, Morgan Grace Champ, Jaime Omeñaca, Mauricio Pitta, John Heffernan, Poppy O’Shaughnessy, Tongariki Teave… 1h58. Sortie le 4 novembre 2026.



Steve Buscemi et Sam Rockwell



Dans le Chili de la fin de l’été 1973, deux agents de la CIA sont envoyés incognito sur l’île de Pâques où ils fraient imprudemment avec des étudiantes en villégiature. Le problème c’est que le plus âgé d’entre eux atteint d’une maladie neuro-dégénérative raconte systématiquement à n’importe qui qu’un putsch imminent se prépare. Il devient dès lors de ce fait l’homme à abattre pour ses supérieurs, mais celui à protéger comme la prunelle de ses yeux pour son jeune partenaire qui éprouve une empathie filiale à son égard. De ce sujet délirant, le pince-sans-rire Martin McDonagh tire une comédie décalée comme il en a le secret depuis Bons baisers de Bruges. Il s’appuie pour cela sur le tandem un rien bancal que forment ses deux interprètes principaux, Sam Rockwell et John Malkovich. Ce cheval fou -l’expression est tout sauf fortuite- a d’ailleurs été primé à Venise pour sa composition délirante qui lui donne l’occasion d’accomplir un retour canon dans le rôle d’un espion à la langue trop bien pendue qui rompt le sacro-saint devoir de réserve associé à ses fonctions clandestines et devient une menace pour les basses besognes dévolues par l’administration américaine à des services secrets parfois en roue libre. Il faut le voir jubiler de la perplexité et de la sidération qu’il provoque chez des inconnus auxquels il lâche des révélations tonitruantes avec le sourire toujours en coin d’un innocent charmeur qui lui confère la stature dévolue naguère aux fous du roi.



Sam Rockwell et John Malkovich



En s’appuyant sur un événement politique majeur, Wild Horse Nine se paie tous les culots, en imaginant un monde dans lequel un chien fou des services secrets devient une menace pour son agence dominée par la loi du silence et des barbouzeries aux conséquences souvent tragiques pour les populations considérées comme quantité négligeable face à la raison d’État. Le film repose sur trois atouts majeurs : son contexte historique connu de tous, la présence magique des statues géantes de l’Île de Pâques et la qualité d’une interprétation au service d’un humour pince-sans-rire assez jubilatoire. La mécanique du film évoque quant à elle une série de science-fiction des années 60, “Au cœur du temps” d’Irwin Allen dont le principe consistait pour des chercheurs à se téléporter à la veille d’événements historiques afin de les empêcher d’advenir. Sinon qu’ici le coup d’état de Pinochet semble inéluctable et que personne ne semble prêter attention aux propos de ce type un rien fantasque qui crie au loup dans le désert. Cette comédie narquoise est un régal par sa façon de mettre en perspective une tragédie historique sur le mode de la farce la plus délirante, en s’appuyant sur des personnages en prise avec leur époque, à commencer par ces deux étudiantes façonnées par l’ère post-soixante-huitarde, mais totalement déconnectées de la politique impérialiste américaine et plus particulièrement de son interventionnisme dans le Sud du continent pour y faire tomber les régimes jugés menaçants en leur substituant des fantoches trop souvent imprévisibles. C’est aussi cette stratégie erratique que raille le film en la personne du dignitaire de la CIA campé par Steve Buscemi dans un numéro savoureux. Wild Horse Nine est un véritable jeu de massacre aux allures de plaisir coupable.

Jean-Philippe Guerand




John Malkovich et Sam Rockwell

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