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“Wicker” d’Alex Huston Fischer et Eleanor Wilson



Film américain d’Alex Huston Fischer et Eleanor Wilson (2026), avec Olivia Colman, Alexander Skarsgård, Peter Dinklage, Elizabeth Debicki, Marli Siu, Nabhaan Rizwan… 1h45. Sortie le 21 octobre 2026.



Alexander Skarsgård et Olivia Colman



Dans un village médiéval d’une contrée indéterminée, une vieille fille au physique ingrat et en mal d’amour demande au vannier local de lui confectionner un homme en osier qui semble lui prodiguer des bienfaits que les autres femmes n’ont pas. La nouvelle d’Ursula Wills dont s’inspire ce film nourrit de toute évidence des ressemblances avec l’immortel Frankenstein de Mary Shelley dont le cinéma s’est souvent repu Avec en plus un discours féministe souvent teinté d’une certaine ironie. Son héroïne trouve en effet dans les bras de son amant de paille une jouissance que se mettent à lui envier les autres habitantes de son village frustrées par leurs partenaires humains trop humains. Wicker revendique là son caractère de conte moral et renvoie de toute évidence à notre époque par son propos plutôt intemporel. Le film s’impose par ailleurs comme un véritable tour de force sur le plan technique par la personnalité de cette créature corvéable à merci qui associe les vertus d’une poupée gonflable au caractère purement utilitaire d’un robot. Il convient de saluer ici la composition d’Alexander Skarsgård dans un rôle d’autant plus ingrat qu’il y est par la force des choses méconnaissable et ne s’exprime vraiment que par sa voix. Avec face à lui une interprète de choix en la personne de la toujours surprenante Olivia Colman, sans doute la seule actrice de sa génération à pouvoir incarner un tel rôle et même à le transcender par son humour si particulier.



Peter Dinklage



Au-delà de la romance improbable à laquelle il s’attache, Wicker propose aussi une réflexion passionnante sur le droit à la différence et le poids de l’intolérance. Au point de donner lieu à de multiples possibilités d’interprétations et d’ouvrir des pistes pas toujours prévisibles. Il est particulièrement significatif que le film ait été écrit et mis en scène par un vrai couple, Eleanor Wilson et Alex Huston Fischer. Il reflète en effet une vision très moderne du statut de la femme et des fantasmes que suscite la vie conjugale. Sa tonalité se révèle en outre à géométrie variable, passant du rire aux larmes à l’initiative de ses tourtereaux si atypiques et des réactions qu’ils suscitent parmi leur entourage. Ses réalisateurs revendiquent d’ailleurs eux-mêmes l’appellation contrôlée de “comédie satirique sur le sexe et le mariage”. Comme l’héritage perverti de certains classiques d’Howard Hawks, George Cukor et Billy Wilder. Le film s’impose en cela à la fois comme une dénonciation de toutes les chasses aux sorcières et aux boucs émissaires, mais aussi comme un vibrant plaidoyer pour le droit à la différence dans un contexte résolument intemporel et géographiquement flou qu’accentue encore dans le rôle du vannier la présence de l’excellent Peter Dinklage dont on se souvient qu’il fut l’interprète de bon nombre de films d’auteur avant de devenir l’un des personnages récurrents de la série Game of Thrones qui lui a valu quatre Emmy Awards et un Golden Globe. Wicker repose quant à lui sur une disruption bien tempérée qui ne peut laisser indifférent par la portée de ses multiples messages entremêlés.

Jean-Philippe Guerand






Olivia Colman

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