Film franco-italien de Robert Guédiguian (2026), avec Marilou Aussilloux, Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Grégoire Leprince-Ringuet, Gérard Meylan, Lola Naymark, Robinson Stévenin, Patrick Bonnel, Diouc Koma, Sophie Payan… 2h02. Sortie le 21 octobre 2026.
Marilou Aussilloux
Toujours sur la brèche, Robert Guédiguian rajeunit les cadres et s’attache dans son nouveau film à une trentenaire qui travaille dans la finance et vit seule dans une maison trop grande pour elle, en prenant des bains de minuit seule dans sa piscine. Jusqu’au moment où l’un de ses collègues l’agresse et provoque en elle un traumatisme d’autant plus profond qu’il l’assigne en justice pour l’avoir frappé. Un sujet douloureux dans l’air du temps auquel le cinéaste greffe d’innombrables thématiques périphériques qui ne font qu’affaiblir son propos. Adepte des films choraux, Guédiguian pêche ici par excès de générosité en essayant de donner davantage d’importance qu’ils le méritent à la plupart de ses protagonistes. Or, ce qui est justifié en ce qui concerne les parents campés par Ariane Ascaride et Gérard Meylan l’est nettement moins concernant le beauf réactionnaire qu’incarne Jean-Pierre Darroussin, hanté par la mort de son colon de père en Algérie auquel le regretté Jacques Boudet prête son image. Le scénario pâtit de vouloir tout dire et tout montrer, y compris des moments qui auraient gagné à engendrer des ellipses. Pour une fois, l’altruisme du réalisateur semble se retourner contre lui. À trop vouloir traiter ses personnages avec équité, il renonce à les hiérarchiser et en vient parfois à s’égarer sur des voies de garage. Quitte à jeter son dévolu sur cette fille qui s’est élevée sur le plan social, en assume les signes extérieurs les plus ostentatoires, mais a trahi les siens en vendant son âme au diable matérialiste et assume bien des stigmates de notre époque, de l’usage de la trottinette électrique avec casque audio sur les oreilles à la course au profit et à des relations sentimentales éphémères, de crainte de se fixer en nuisant à son carriérisme effréné.
Marilou Aussilloux, Ariane Ascaride
et Gérard Meylan (de dos)
Une femme aujourd’hui démontre à ses dépens que les mêmes ingrédients peuvent produire un résultat assez différent, selon la manière dont ils sont associés. Faute de pratiquer des choix parmi ses personnages et d’ordonner les différentes ramifications de son récit, Guédiguian livre un film qui ressemble à une version mal dégrossie de ce qu’il aurait dû être. Comme s’il s’était senti obligé de justifier l’existence des uns et des autres par des artifices, quitte à sacrifier l’essentiel au profit du superflu. Marilou Aussilloux hérite quant à elle d’un rôle certes écrasant, mais qui manque passablement de nuances dans son revirement moral, bon petit soldat du capitalisme dans ce qu’il a de plus agressif qui finit par se racheter en détournant les enseignements de son école de commerce au profit d’une association caritative dans un esprit choral qui renvoie à l’esprit de La vie est à nous (1936) qu’avait inspiré l’euphorie du Front Populaire à Jean Renoir. Au passage, le réalisateur se lance dans une démonstration politique mal dégrossie par l’intermédiaire du frère campé par Robinson Stévenin, chômeur amer qui met sa détresse sur le compte de l’aide excessive apportée aux immigrés, dans un raccourci saisissant du populisme. À trop accumuler les situations extrêmes et la dénonciation des injustices ordinaires, Guédiguian aboutit à un résultat insatisfaisant qui ne fait qu’ajouter à la confusion ambiante. C’est d’autant plus regrettable que ses bonnes intentions ne souffrent aucun doute, mais qu’il peine ici à les exprimer avec suffisamment de clarté en s’égarant dans des détails qui finissent par brouiller son propos, à l’instar de ce voisin voyeur libidineux, œdipien et raciste campé par Darroussin qui cumule trop de tares pour un seul homme. N’en jetez plus, la barque est pleine ! Il ne reste plus à Guédiguian qu’à se racheter.
Jean-Philippe Guerand




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