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“Sanguine” de Marion Le Coroller



Film franco-belge de Marion Le Coroller (2026), avec Mara Taquin, Karin Viard, Kim Higelin, Sami Outalbali, Stefan Crepon, Sonia Faidi, Mukit Abdul Hamid, Clément Bresson, Benjamin Mendes… 1h43. Sortie le 28 octobre 2026.



Kim Higelin



Longtemps marginalisé, le cinéma de genre a récemment accompli une irruption spectaculaire dans l’Hexagone, notamment par l’intermédiaire de plusieurs réalisatrices au nombre desquelles deux d’entre elles ont remporté la Palme d’or au Festival de Cannes, Julia Ducournau et Justine Triet. Marion Le Coroller se rapproche davantage par sa démarche de Coralie Fargeat dans The Substance (2024) en œuvrant sur le registre de ce sous-genre que constitue le “body horror” dont le pionnier incontestable fut David Cronenberg. Une jeune interne affectée aux urgences relève des symptômes concomitants sur des patients de sa génération qui se caractérisent par des mutations spectaculaires. Au-delà de cette pandémie inexpliquée qui se caractérise par des mutations spectaculaires comme en rencontre dans certains films de zombies, Sanguine questionne notre société sur ses responsabilités dans les épreuves multiples infligées aux corps, ne serait-ce que par l’une des activités les plus partagées et parfois les plus éprouvantes : le travail qu’on qualifie parfois de “valeur sacrée”. Au-delà des apparences et de sa facture fantastique sinon gore, Sanguine se présente comme une parabole de notre société et des dangers qui la menacent, comme si la nature abîmée en venait à se venger des innombrables dommages qu’on lui cause par notre irresponsabilité coupable. Comme de plus en plus de films de ce genre, Sanguine brasse plusieurs thèmes de société et distille un véritable discours politique dont l’épicentre est la crise de la jeunesse et ses multiples doutes par rapport à un avenir incertain sinon cataclysmique.



Sami Outalbali



Sanguine joue la carte du cinéma total et utilise notamment l’écran large pour disposer ses personnages dans un espace au sein duquel ils donnent souvent l’impression de se trouver écrasés sinon perdus. A l’instar de ce fast-food rétro et clinquant qu’on croirait surgi d’un film hollywoodien rétro. Marion Le Coroller assume ses références et démontre ainsi qu’elle doit davantage à la civilisation américaine qu’à la tradition française, tout en soulignant l’imprégnation du vieux continent par les signes extérieurs tapageurs de son impérialisme. Un décor dont l’artificialité ostentatoire contraste avec celui d’un hôpital public au bord de la crise de nerfs qui a bien du mal à faire face à la déchéance de notre système de santé et à colmater les brèches de ce contrat social que raille le libéralisme d’Outre-Atlantique. Un lieu qui constitue pour la réalisatrice “ le point névralgique où viennent se présenter les corps en souffrance ” et qui l’incite à faire la part des choses entre le cinéma anglo-saxon qui l’a imprégnée et la réalité prosaïque du pays dans lequel elle vit. Le thème de la contagion renvoie quant à lui à un danger plus vaste. Sur le plan formel, Sanguine assume une audace servie par un arsenal artistico-technologique sophistiqué et s’inscrit d’ores et déjà comme une étape décisive dans l’irrésistible ascension du cinéma de genre à travers une véritable école made in France.

Jean-Philippe Guerand

 


Karin Viard

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