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“Qui vit encore” de Nicolas Wadimoff



Documentaire suisso-franco-palestinien de Nicolas Wadimoff (2025), avec Ghada Alabdala, Hana Eleiwa, Haneen Hanara, Malak Khadra, Eman Shannan, Adel Altaweel, Feras Elshrafi, Mahmoud Jouda, Jawdat Khoudary… 1h54. Sortie le 14 octobre 2026.





Choisi pour représenter la Suisse dans la course à l’Oscar du meilleur film international, ce documentaire de création entend témoigner d’un massacre perpétré loin des caméras et évoqué aujourd’hui par celles et ceux qui y ont réchappé et ont réussi à quitter la Bande de Gaza où il ne s’écoule pas un jour sans morts ni blessés, là encore loin du regard du monde privé d’images et de témoignages. Faute de passeports, après avoir réussi à être exfiltrés de l’enfer, ces Palestiniens ont dû aller jusqu’en Afrique du Sud pour reconstituer leur calvaire face caméra. Tout commence par le schéma de leurs habitations dessiné à la peinture sur le sol d’un plateau de cinéma et les explications qui l’accompagnent. Petit à petit, les langues se délient et démontrent une puissance d’évocation peu commune. Les témoins se montrent factuels et précis. Ni dans l’incantation, ni dans la lamentation. Ils racontent ce que c’est que de retrouver dans une souricière et de voir leur vie s’effondrer quand leur foyer devient une cible, sous prétexte qu’il servirait de rempart aux terroristes du Hamas réfugiés dans des tunnels souterrains à l’abri des bombardements aériens. Précisons ici que ce panel de témoins est composé d’intellectuels, d’artistes et de notables qui possèdent un recul propice à la réflexion et ne se contentent pas d’énoncer des faits, mais les contextualisent avec autant de sagesse que de pertinence. Par ailleurs, Nicolas Wadimoff fréquente régulièrement cette région depuis trois décennies et en a déjà exploré diverses facettes dans ses films précédents dont L’Apollon de Gaza (2018).





Qui vit encore appartient à cette vague de films engendrés par la tragédie de Gaza qui tente aujourd’hui de compenser l’absence criante de reportages sur le vif. Une rétention de l’information qui contraint désormais les cinéastes à élaborer des dispositifs sophistiqués pour combler ce vide et répondre aux innombrables questions qu’implique un massacre perpétré à l’écart des médias. Nicolas Wadimoff ajoute ces témoignages de première main aux contributions de Sepideh Farsi (Put Your Soul on Your Hand and Walk), Kaouther Ben Hania (La voix de Hind Rajab) et même Yuval Abraham et Rachel Szor (Naza), à charge sur des registres assez divers. Sa démarche se rapproche en fait davantage de celle de son collègue documentariste Mehran Tamadon reconstituant dans Mon pire ennemi les humiliations et les sévices auxquels sont soumis les prisonniers politiques dans les geôles iraniennes, là encore en demandant à la victime de reproduire la topographie qui a présidé à son calvaire, avec la complicité de l’actrice en exil Zar Amir Ebrahimi. La spécificité de Qui vit encore réside dans sa façon de convoquer la mémoire et d’utiliser les témoignages individuels pour reconstituer les contours d’une tragédie documentée par bribes dont l’histoire reste à écrire et nécessitera sans doute beaucoup de temps en raison des obstacles dressés par Tsahal et le Hamas qui privilégient systématiquement la défense de leur cause au détriment de la souffrance humaine et des dégâts collatéraux, même quand ceux-ci revêtent une ampleur aussi vertigineuse.                                 

Jean-Philippe Guerand



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