Film français de Rudi Rosenberg (2026), avec Hafsia Herzi, Nour Salam, Ella Bedoucha, Aïdan Djouadi, Mateo Danila, Paulette Chetrit, Charlie Lugassy, Jacques Sebban, Eden Sarfati, Stephan Chargebœuf… 1h37. Sortie le 28 octobre 2026.
Hafsia Herzi et Nour Salam
Une mère célibataire élève ses deux enfants d’unions différentes dans une cité paisible. Sa fille aînée manifeste pourtant le désir de rencontrer l’homme qui lui a donné la vie et grandit en transformant cette volonté en une véritable obsession qui va se cristalliser à l’adolescence et l’inciter à tenter le tout pour le tout. Quitte à s’exposer à une épreuve de vérité douloureuse… De ce sujet délicat, le réalisateur du Nouveau tire un film d’une très grande finesse psychologique. Il s’appuie pour cela sur une direction d’acteurs impeccable, offre un rôle magnifique à Hafsia Herzi, une nouvelle fois en état de grâce dans un rôle qu’elle interprète en se gardant de tirer la couverture à elle, au point de se faire toute petite, face aux sollicitations répétées de cette fille obstinée qui cherche une représentation paternelle vers laquelle se tourner. Ce rôle révèle en outre en Nour Salam qui incarne Abigaëlle à l’âge de 14 ans une jeune interprète d’une justesse d’autant plus étonnante que son personnage a du mal à se situer vis-à-vis de son entourage et encore plus de problèmes avec le concept même de réalité. Au point que le réalisateur dit joliment qu’“ elle a grandi de travers ”. Quelques mots d’amour distille une petite musique qui cache derrière sa modestie apparente un sujet très important et concerne en cela de nombreux enfants en quête de leurs origines qui ressentent un jour ou l’autre le besoin de savoir d’où ils viennent afin de se donner tous les moyens d’affronter l’avenir, en connaissance de cause et avec toute la sérénité requise. Il est en effet fondamental d’interroger le passé pour pouvoir faire face à l’avenir.
Ella Bedoucha
Rudi Rosenberg s’attache aux ravages psychologiques que peut provoquer une accumulation de non-dits sur une personnalité en construction en quête de réponses existentielles qui se heurte à des explications insatisfaisantes et finit par fantasmer la figure de l’absence : celui qui lui a donné la vie et s’en est allé sans se soucier de ce que pourrait devenir le fruit de ses entrailles, quitte à récidiver avec la même irresponsabilité ailleurs. Une situation au fond assez banale et d’autant plus partagée que les familles monoparentales ont fini par devenir majoritaires au sein d’une société française fracturée où donner la vie n’est plus assujetti au moindre devoir moral, mais n’est plus qu’une simple formalité aux conséquences imprévisibles. Un concept psychanalytique qui passe autant ici par les actes que par les mots et suscite une émotion parfois violente, tant le cinéaste nous implique étroitement dans ce processus, sans succomber à la tentation de la facilité ni manifester la moindre complaisance. Il pointe aussi le décalage abyssal qui sépare parfois la perception d’un adolescent et d’un adulte par rapport à un même événement. Quelques mots d’amour ose jouer la carte des grands sentiments en évitant toutefois de forcer la note complaisamment. C’est un film en forme de cri du cœur qui a la noblesse de ne jamais tricher avec son sujet, sans tomber pour autant dans aucun des pièges inhérents à un sujet aussi délicat. Difficile de rester insensible à l’émotion qui se dégage de cette histoire si simple et pourtant si compliquée.
Jean-Philippe Guerand




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